Citizen
Édition du 16 mai 2012 // Citizenjazz.com / ISSN 2102-5487
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10ème Tremplin Jazz d’Avignon

Créée en 1992 par quelques passionnés, l’association Tremplin Jazz d’Avignon suit de près l’actualité du jazz et témoigne de la richesse du tissu associatif dans la Cité des Papes, (avec l’AJMI qui assure une programmation de grande qualité tous les jeudis soir à La Manutention). Soutenue par les collectivités locales, des partenaires privés efficaces et par le travail toujours considérable des bénévoles, sous la houlette du Président Michel Eymenier et du Secrétaire général René Sacchelli, Tremplin Jazz fêtait ses dix ans d’existence cet été. L’association avait vu les choses en grand pour cette édition très spéciale. Aux Avignonnais retrouvant enfin leur cité, juste après le festival de théâtre, était proposée une semaine de concerts avec les soirées du concours mais aussi, des concerts plus prestigieux dans la Cour d’honneur du Palais des Papes.

Comme le Concours National de Jazz de La Défense, Tremplin Jazz d’ Avignon est un espace d’expression des jeunes musiciens français. Chaque année, des formations issues de tout l’hexagone tentent leur chance avant la finale, au Cloître des Carmes, où s’affrontent des groupes européens et le finaliste français. Car, depuis l’an dernier, cette manifestation a une dimension européenne. Ainsi ce concours permet à la jeune scène du jazz français et européen de s’affronter amicalement à Avignon, ville de festivals, déclarée depuis l’an dernier « capitale européenne de la Culture ».

La présidence du jury, cette année, était confiée à Gérard De Haro, l’ingénieur-son bien connu du studio La Buissonne à Pernes les Fontaines. Quant aux autres membres du jury, ils font partie du monde du jazz : des journalistes de la presse professionnelle (Pascal Anquetil de l’Irma, Franck Bergerot de Jazzman, Philippe Méziat de Jazz Magazine ), des représentants des labels Warner et Sketch, et des musiciens (Jef Gilson et Giovanni Mirabassi). Le jeune pianiste italien fut le soliste vainqueur d’une édition précédente des Tremplins et il revenait, heureux de participer à cette dixième édition.

Le jury a consacré sans hésitation le groupe finnois Aleksi Tuomarila Quartet, qui comporte au moins deux belges dans l’équipe ! Quant au meilleur soliste, il est norvégien, c’est le saxophoniste ténor Jorgen Munkeby. Le jazz souffle fort de Septentrion…Et s’inspire de la tradition en la faisant vivre intelligemment . La preuve en est le moment d’émotion offert par la rythmique du groupe lauréat, qui se joignit spontanément à Giovanni Mirabassi, à la fin du concours, pour une relecture sensible de « My funny Valentine » et " One day my prince will come ".

La veille, pour la finale franco-française, de très bons groupes étaient aussi en compétition, et le choix fut plus délicat, d’ailleurs contesté par le public : si le quartet d’Antoine Daurès de Chatenay-Malabry l’a emporté, la décision du jury fut bien délicate entre Monk o’ Marok, Eric Teruel Trio, Memorial Barbecue, où joue notre ami le tromboniste Seb Llado des Spice’bones, Dr Knock Quintet, lauréat cette année à la Défense, où figure Jean-Philippe Morel, autre membre des Spice’bones. Ces groupes, aux projets fort divers, illustrent des tendances plus contrastées de la scène française actuelle qui flirte souvent de façon affirmée entre jazz et musiques actuelles.

Aux concerts du concours se succédèrent les soirées Cour d’ Honneur dont la dernière marqua le couronnement du Tremplin 2001. Pour le quatre août, nuit de l’abolition des privilèges et anniversaire de la naissance de Louis Armstrong ( tout le monde s’accorde sur cette date à présent, encore que le 4 juillet soit plus symbolique pour les Américains), le Caratini Jazz Ensemble rendait hommage, à sa manière, au trompettiste, un des premiers véritables solistes de l’histoire du jazz . Sur des compositions et arrangements spécifiques, le contrebassiste Patrice Caratini donnait à ses compagnons, parmi les meilleurs solistes du moment ( Denis Leloup au trombone, François Thuillier au tuba, le jeune guitariste David Chevallier du trio Tous Dehors ou le ténor Rémy Sciutto ) l’occasion de revisiter les thèmes anciens à la façon d’un Mingus. Une lecture du jazz jamais à l’improviste ! L’orchestre joua en particulier sept variations sur la chanson de Darling Nellie Gray, créée en 1937 par Armstrong et les Mills Brothers. Décidément l’avenir est dans les big bands, ces grandes formations aux largesses mélodiques qui échangent avec bonheur entre pupitres. L’ horizon personnel de Patrice Caratini est à prendre en compte dans le paysage français des orchestres, sans oublier par exemple, les autres projets très différents de Claude Barthélémy, Laurent Cugny ou de Claude Tchamitchian avec le grand Lousadzak.

Pour finir, après ce big band de rêve, un sacré concentré de talents avec le quartet Portal Sclavis Humair Chevillon qui a vaillamment résisté au mistral, très actif lui aussi. Le public a apprécié les facéties de Louis Sclavis, visiblement peu impressionné de jouer dans ce lieu mythique, sur une scène immense balayée par le vent qui emportait régulièrement ses partitions mal épinglées. Bruno Chevillon était très attentif à jouer avec ses copains de toujours dans sa région, alors que Daniel Humair plus impassible, observait la paire unique de clarinettistes ! Avec ces musiciens magnifiques qui illustrent le jazz actuel français au mieux de sa forme et dans tous ses états, se terminait cette version très réussie du dixième Tremplin Jazz d’Avignon.

par Sophie Chambon // Publié le 8 octobre 2001
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