Scènes

A Vaulx Jazz 2013 souffle le rock

Soirée « Souffle le Rock » au festival A Vaulx Jazz avec en première partie inédite, toutes voiles dehors, une envolée d’Emile Parisien et Vincent Peirani.


21 mars 2013 : 1ère partie Vincent Peirani, accordéon, Emile Parisien, sax soprano. 2ème partie : Francesco Bearzatti Tinissima Quartet « Monk’n Roll » avec Francesco Bearzatti, saxophone, clarinette, effets, voix ; Giovanni Falzone, trompette, effets, voix ; Danilo Gallo, basse ; Zeno De Rossi, batterie.

Au commencement vint le souffle. Et ce concert ne manque certainement pas d’air : Emile Parisien, repéré bébé par Wynton Marsalis lors d’une master-class de Jazz in Marciac, lauréat 2012 du Prix Django Reinhardt, décerné par l’Académie du Jazz (Musicien de l’année), est un saxophoniste qui a le vent en poupe… Quant à Vincent Peirani, formé par les classes d’accordéon classique et de jazz du CNSM, également clarinettiste, c’est un des sidemen les plus prisés de célébrités confirmées ou naissantes tels que Michel Portal ou Youn Sun Nah.
Tous deux se connaissent bien : ils évoluent ensemble dans le quartet de Daniel Humair.

En ouverture du concert, « Schubert Outstair », une composition de l’accordéoniste, installe une écriture harmoniquement complexe. Une concentration inhabituelle et le son d’ensemble sont autant de surprises qui captivent immédiatement le public vaudais. Les musiciens donnent l’impression d’être habités par une ambiance minérale et fantastique, comme dans le monde mystérieux du Livre des nuits de Sylvie Germain. Même si sa mobilité sur scène fait penser à un escrimeur, Parisien recherche dans le mouvement l’énergie nécessaire à l’accomplissement du « travail bien fait ». Le soprano est l’unique prolongement de son expression, contrairement à certains de ses collègues qui embouchent la famille entière, mais sa palette de sonorités est si riche et si variée qu’on comprend pourquoi il n’a pas besoin de s’en encombrer.


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Emile Parisien, Vincent Peirani © Christophe Charpenel

Peirani dompte avec talent une bête un peu plus imposante. Cela dit, à force de se faire remonter les bretelles depuis sa tendre enfance, il a fini par avoir une touche avec l’accordéon. Ce soir, il a sauté sur l’occasion de ne plus jouer les seconds rôles et de donner libre cours à son irrésistible envie de faire le clown, « Le clown tueur de la fête foraine ». L’humour prend racine entre ces deux zigotos, qui ne vont pas louper la moindre occasion de prendre l’auditoire à partie.

Entre « Hysm », composition d’Emile Parisien écrite pour son quartet, un jubilatoire « Trois temps pour Michel P. » où Vincent Peirani se révolte gentiment contre la place qu’occupe la valse dans le répertoire de son instrument, et après un clin d’œil à la seconde partie de soirée (reprise d’« I Mean You », de Monk), ce voyage en une dizaine d’étapes se termine par une incursion bissée en pays macédonien - encore un territoire de prédilection pour ces navigateurs au long cours.

On reprend son souffle et la soirée continue côté rock italien, puisque ce ne seront pas moins de quatre Transalpins qui viendront tout exprès enflammer la scène d’A Vaulx Jazz. Et pour mettre le feu, il faut aussi souffler…

On sait, pour l’avoir déjà vu en spectacle l’an dernier à Lyon, que brûler les planches n’est pas un problème pour le saxophoniste Francesco Bearzatti. Mais quelques heures plus tôt, le trompettiste Giovanni Falzone, lui, avait annoncé 39° de fièvre. Quelques bouffées de chaleur plus tard, tout s’arrange et leur joie de se retrouver est si communicative qu’on ne s’en aperçoit même pas.

Au programme, des standards de Thelonious Monk à la sauce rock, Monk’n’Roll. Ce dernier album du Tinissima Quartet est un mets qui se déguste sur place. A emporter aussi, si l’on veut, mais rien ne vaut la découverte en concert de ces alliages entre ligne de basse de tubes planétaires et ligne mélodique de Monk. Si Falzone a la « fièvre du jeudi soir », les Bee Gees ne font pas pour autant partie de la fête : de Queen (« Another One Bites the Dust ») associé à « Bemsha Swing » et à « Criss Cross » qui s’est pris une Reed, en passant par « Billy Jean » qui se la joue « In Walked Bud », ce quartet irrévérencieux s’en donne à cœur joie dans une énergie crescendo.

Clou du spectacle : Zeno de Rossi qui, impassible, à l’avant de la scène, ponctue de sa caisse claire les agissements - les mugissements ? - de ses amis sur « Brilliant Corners ». La basse de Danilo Gallo a beau respecter religieusement les héritages, toute la ménagerie est de sortie, le comique de situation est à son comble. « Under Pressure » n’a aucun mal à s’en remettre. En fin de soirée (autour de minuit, donc…) le public est invité à tester son aptitude au scat. Les puristes se sont sûrement offusqués, mais nous, nous avons bien ri et Giovanni est guéri !