Citizen
Edition du 19 avril 2014 // Citizenjazz.com / ISSN 2102-5487
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Evergreen

Aki Takase - Rudi Mahall

Aki Takase (p), Rudi Mahall (bcl)

La redécouverte des classiques du jazz n’est pas une nouveauté pour Aki Takase et Rudi Mahall. On se souvient, entre autres choses, de leur album consacré à Fats Waller en 2003, ou de leur Duet for Eric Dolphy en 1997.

Evergreen prend un autre parti et vous balade à travers quatorze standards ou thèmes de compositeurs variés, du « Mood Indigo » de Duke Ellington à « Lulu’s Back In Town » de Harry Warren en passant par de véritables saucissons comme « It’s Only A Paper Moon » ou « Tea For Two », qu’on ne présente plus. Quatorze jocondes à qui le duo s’applique à dessiner des moustaches toutes différentes, toutes pertinentes... et hautement impertinentes.

Le son et sa réverbération assez mate donnent l’impression d’une captation de soirée en club. Vous êtes assis devant la scène, les musiciens jouent, un point c’est tout. Même si la session en studio a duré deux jours (c’est la pochette qui le dit), l’illusion est parfaite : cela a la fraîcheur et le dépouillement du direct « live ».

Dépouillement, c’est le maître mot : le duo joue les notes qu’il faut et rien qu’elles. S’il s’abandonne à des roulades, c’est avec une distance ironique évidente. Lorsque deux improvisateurs d’avant-garde se mêlent de rejouer des standards, c’est un peu comme quand Stravinsky se met au néo-classique : pas si simple et bourré de facéties. On songe souvent à Monk dans le même répertoire ; « I’m Beginning To See The Light » ou « Lulu’s Back In Town » en portent l’empreinte. En revanche, « Tea For Two » adopte un angle « latin » de cuisine fort réjouissant, « Cleopatra’s Dream » se fait curieusement caribéen et « Bel Ami » subit un traitement décapant avant d’arriver au thème, joué stride, claudiquant comme un film muet.

Ajoutons à cela l’évident plaisir complice que prennent ces deux artistes à échanger des salves et se poser des chausse-trapes. Cela tient du jeu de cache-cache et de chat perché, et l’absence totale d’esprit de sérieux fait de cet album de standards le contraire de ce que sont, trop souvent, les albums de standards. Takase et Mahall font reverdir les evergreens : allez-y voir, c’est le printemps.

par Diane Gastellu // Publié le 8 juin 2009