Le pianiste Omar Sosa poursuit inlassablement sa quête des liens ancestraux entre le jazz, la musique africaine et la musique latine. Sous la houlette du (ici) producteur Steve Argüelles, il réunit ici dix pays et trois continents à travers vingt-et-un musiciens et chanteurs et une trentaine d’instruments. On retrouve donc ici son goût pour le métissage, et il place en retrait, sur Afreecanos, son rôle d’instrumentiste au profit d’arrangements ambitieux et denses. En concert à Paris au Duc des Lombards les 20 et 21 mars 2008
En 1966 naissait le premier - et peut-être le seul - big band dédié à l’improvisation libre. En un seul orchestre de dix-neuf musiciens, le pianiste et compositeur Alexandre Von Schlippenbach y réunissait l’ensemble des musiciens qui allaient créer et développer cet important courant stylistique généralement appelé « free européen ».
Quarante ans plus tard, Intakt nous propose des extraits de deux concerts-anniversaire à Baden-Baden et Berlin, donnés par ce gotha free du vieux continent, constitué de Kenny Wheeler, Manfred Schoof, Jean-Luc Cappozzo, Axel Dörner, Evan Parker, Gerd Dudek, Ernst-Ludwig Petrowsky, Rudi Mahall, Paul Rutherford, Johannes Bauer, Alexander Von Schlippenbach, Paul Lovens et Paul Lytton augmentés de deux trombonistes américains, et non des moindres, George Lewis et Jeb Bishop. Selon l’humeur, on trouvera que cette musique conserve la profusion de vie de ses débuts, à travers notamment un feu d’artifice de brillants solos, ou se recouvre imperceptiblement d’une légère couche de poussière…
Nils Landgren (tb, voc), Ray Parker Jr (g, voc), Magnum Coltrane Price (b, voc), Ida Sand (Kb, voc), Magnus (woodwind, voc), Wolfgang Haffner (dr, voc)
Nouvel opus funk du tromboniste suédois, qui invite ici le guitariste Ray Parker Jr. Après bientôt quinze ans à la tête de son Funk Unit, Nils Landgren aura bientôt fait le tour de la funk et de ses variantes. Festive, cette musique où tous les instrumentistes chantent (pas tous ensemble heureusement) ne peut s’écouter qu’à fort volume et moyennant une installation hi-fi qui neutralise les vibrations : gros risque de se froisser avec ses voisins.
La musique de Landgren est fidèle à elle-même ; on regrettera tout de même quelques mièvreries vocales (« 24 Hours »), des compositions un peu « soupe » ou des tubes trop souvent revisités (« House Party »). C’est néanmoins un plaisir certain que de ré-écouter son trombone. De manière générale, les cuivres et leur orchestration sont excellents. Pour amateurs.
Mike Reinhardt (g), Sanson Schmitt (g), Yorgui Loeffler (g), Mayo Hubert (g), Jean-Luc Miotti (b)
Les Enfants de Django ne sortent pas de n’importe quelle école mais de celle de la tradition orale chère à la musique vivante ! Les trois jeunes compères alsaciens sont ici en live au Méridien, à Paris, en hommage au génial manouche Django Reinhardt (pour un CD peut-être un peu trop long), démarrent par « Minor Swing ». Les improvisateurs laissent tour à tour libre cours à leur talent avec flamme et panache, dans la pure tradition. Tandis que l’étonnant Mike Reinhardt (qui a fait ses classes aux côtés de monsieur Bireli Lagrène, entre autres) s’envole sur sa Gibson Jazz (« Them Their Eyes », « It’s All Right With Me »), la tradition et le son acoustique des caravanes est bien présent avec l’excellent Sanson Schmitt (fils du respecté Dorado.) (« Undecided », « Them Their Eyes ») et le flamboyant autodidacte Yorgui Loeffler, issu de l’école alsacienne de Marcel Loeffler (« Place de Brouckère », « What Is Thing Called Love », « Valse à Django »).
Un bon disque de guitare sincère, avec en prime le bonheur du « live », et trois styles de guitare qui se complètent parfaitement. Les coupes sont franches et l’émotion parfois un peu en arrière au vu des démonstrations, les instruments ne sont pas toujours accordés à la perfection, mais… « ça joue grave mon frère » ! À noter la présence de Mayo Hubert à la pompe comme on les aime, et le bon drive du bassiste Jean-Luc Miotti, sans oublier une belle pochette où nos trois guitaristes, avec leur chemise blanche, feraient pâlir de jalousie certains Mousquetaires.. À quand des pochettes plus « free style mais dans le style, mon cousin » ?
Django serait certes fier de ses nouveaux enfants, mais le maître jouerait-il encore cette musique aujourd’hui ? La tradition ne peut que vivre qu’avec la modernité, et inversement ; alors vive le jazz manouche !
Après avoir publié en 2002 un disque consacré à des musiques composées pour la danse, Louis Sclavis propose un nouveau recueil de pièces choisies par ses soins et composées pour la télévision, le cinéma et le théâtre. Double album qui grouille d’idées, de pièces plus ou moins longues et d’invités prestigieux, dont Médéric Collignon et la troupe du « Napoli’s Wall », pour deux intrigantes versions de « Cité City Citta Program ».
La moitié du monde décompose son œuvre « officielle » de Sclavis : on y retrouve ses influences et on l’écoute s’amuser dans des exercices de style inattendus : le musette, la bossa nova… soit des styles où l’on a très peu l’habitude de l’entendre. Une avenante anthologie qui ravira les admirateurs non sans intriguer les néophytes.
Via des compositions de tous les membres du groupe, le quartet Fraanje-Malik-Gouband-Soniano propose une musique bruitiste agrémentée de chuintements et de vocalises (mais qui chante ?), le tout tantôt tendre, tantôt agressif, mais essentiellement acoustique.
1RDR fait irrésistiblement penser aux Pool Players de Benoît Delbecq. Mais ici, l’émotion est plus palpable, plus chaleureuse. Moins abstrait, le talent des musiciens s’exprime aussi par l’improvisation. Une préférence apparente pour les atmosphères éthérées et les ambiances délétères où le talent du groupe s’exprime pleinement.
Dans la filiation des trios rollinsiens, Depart offre tous les ingrédients d’un jazz puissant et festif . La section rythmique composée de Heiri Känzig et Jojo Mayer propose un groove dévastateur, aussi dansant que diabolique dans sa complexité. Sur cette piste de lancement, Harry Sokal alterne entre décollage délicat au soprano (« Another World ») ou verticalité rauque au ténor (« Bassaxunison »). Pour autant l’ensemble ne se « départit » jamais d’une cohésion/densité, façon « big band » (« Mingus » en est le plus bel exemple), et il est un peu vain d’isoler les contributions de Sokal.
On ne s’épanchera pas plus sur cette musique qui parle d’elle-même. On ne peut que regretter une certaine brièveté des morceaux (au nombre de 11, ils durent entre 3 et 6 minutes chacun), qui finit par donner un aspect un peu trop systématique à ce disque par ailleurs extrêmement riche et subtil.
Richard Gagnon (tb), Dave Grott (tb), David Martin (tb), Jean-Nicolas Trottier (tb), Serge Arsenault (tb), Robert Ellis (tb basse tuba), Gaétan Daigneault (p), Frédéric Grenier (cb), Ugo Di Vito (dr)
A l’instar du tromboniste américain Steve Turre avec son « One 4 J », le chef d’orchestre, compositeur et arrangeur montréalais Richard Gagnon propose un très dynamique orchestre de trombones.
Sobre mais puissant, le grand orchestre Trombones Actions joue un jazz aux phrasés clairs et aux couleurs be bop bien trempées. On note un « Body and Soul » agréable et doux et quelques autres standards. Le reste des pièces sont des compositions de Richard Gagnon et des autres membres de l’orchestre.
Danois, Peter Fuglsang a joué avec John Tchicai, Michael Brecker, Mike Stern, Tom Harrel, Marilyn Mazur, Tim Berne... Il est aussi multi-instrumentiste (sax, clarinette, flûte dont le ney). Il est ici à la clarinette basse dans un jazz très convenu, sans frasques - ni faiblesses.
Ce disque est un hommage sympatique à Ray Noble (« Cherokee »), Billy Strayhorn (« Raincheck ») et Thelonious Monk (« Monk’s Mood »). La majorité des compositions restantes de Fuglsang.
En dehors de l’aspect « hommage », composition et exécution sont de bonne facture, dans le respect du canevas jazz standard. Néanmoins, on pressent çà et là une certaine timidité, une absence de prise de risque.
Premier opus du saxophoniste américain et parisien d’adoption Tuesday Warren. Entouré d’un groupe de musiciens français, il en a écrit toutes les compositions. Le but est ici, en intégrant des éléments de musique classique, d’élargir les possibilités sonores du groupe de jazz moderne.
Il en ressort une musique structurée autour de petites suites aux tempos variables, aux phrasés très divers et aux ambiances dynamiques et tendues.
Un disque original et dynamique servi par des instrumentistes peu connus mais très efficaces, et qui réserve de petites surprises...
John Russell (g), Garry Todd (ts on 1), Henry Lowther (tp on 2), Chefa Alonso (ss, perc on 3), Nicole Legros (voc on 4), Jean Michel Van Schouwburg (voc on 4), Stefan Keune (as on 4), Philipp Wachsmann (vi & elec on 4), Ashley Wales (P on 4), Ivor Kallin (cb on 4), Javier Carmona (perc on 4), Steve Beresford (elec & objects)
Dès les années 80, le guitariste britannique John Russell participait, avec l’aide de Chris Burn, aux sessions Mopomoso (Modernism, Post-Modernism, So What ?). Ces concerts ont lieu une fois par mois au Red Rose dans le nord de Londres. Habituellement, on y écoute de la musique improvisée et les musiciens exercent en duo ou en trio.
Analekta regroupe quatre extraits de ces concerts enregistrés entre 2004 et 2006. Emule probable de Derek Bailey, ce guitariste acoustique s’avère assez en retrait. Il propose et évoque dans la délicatesse du murmure, en faisant vibrer les cordes au niveau du chevalet ou au dessus du sillet.
Sans susciter d’enthousiasme particulier, cette œuvre laisse rêveur ; elle prend sans doute toute sa dimension improvisée en concert.