Ce DVD propose en réalité un concert des Art Blakey’s New Jazzmen (filmés sans originalité, images cotonneuses) à la Mutualité (Paris) - l’occasion de voir et d’entendre une formation éphémère comprenant un Freddie Hubbard au talent protéiforme, Nathan Davis (saxophoniste sous-estimé, parisien à cette époque), Jaki Byard et Reggie Workman. Intéressant surtout pour les souffleurs et pour « The Hub » et « Crisis », compositions du trompettiste ; le leader est toujours aussi impérial derrière sa batterie, ce qui n’étonnera personne. En attendant d’autres témoignages à venir...
Le dernier en date de la longue série de duos enregistrés chez Intakt par la pianiste Aki Takase (avec Alex von Schlippenbach, Rudi Mahall, Lauren Newton, Silke Eberhard) met en scène pour la première fois un musicien français, et pas n’importe lequel. L’album a été enregistré à Baden-Baden à l’issue de la tournée japonaise d’un spectacle dansé sur les écrits de Yoko Tawada. Le répertoire est ici fait d’improvisations et de compositions des deux musiciens : pour Aki Takase, des morceaux écrits pour ce spectacle ; pour Louis Sclavis, des titres issus d’albums précédents.
Ce duo fonctionne par oppositions et par contrastes. Le dialogue entre le jeu liquide de Sclavis à la clarinette basse et au sax soprano et une pianiste volontiers anguleuse, entre l’âpreté d’un clavier percussif et un son d’anches moelleux jusque dans les paroxysmes, dessine un paysage paradoxal, à la fois visuel et abstrait, qui intrigue et interroge l’auditeur.
Dans ce troisième album de Lemmy Constantine après Manouche Land et Meeting Sinatra & Django, on retrouve la voix grave si caractéristique du chanteur dans des interprétations irréprochables de titres piochés dans son répertoire de prédilection.
Que ce soit via des standards américains très connus (« Satin Doll », « I Love You For Sentimental Reasons », « Old Man River »...) ou d’élégantes compositions, le swing est omniprésent, notamment grâce aux musiciens qui l’accompagnent : le guitariste Adrien Moignard ou le violoniste Costel Nitescu sont déjà des références dans le milieu du jazz manouche. Et quand la « pompe » s’efface, c’est pour laisser place à des ballades où la voix du crooner se fait encore plus touchante.
En septembre 2008, le label Act réunissait à Schloss Elmau quelques-unes de ses têtes d’affiche pour une série de concerts célébrant l’amitié germano-suédoise.
Les dix « moments magiques » captés au fil de cinq journées réunissent, souvent dans des formations inédites, une grande partie de l’écurie ACT. Le trio E.S.T devait en être, mais Esbjörn Svensson disparut brutalement, à peine trois mois avant l’événement. Le label et les musiciens ont voulu faire de ces concerts un hommage au plus célèbre d’entre eux, dont la présence est palpable tout au long de l’album.
Malgré le côté toujours un peu frustrant d’une telle compilation, on trouvera ici mieux qu’un assemblage de morceaux choisis, et quelques très beaux moments : le Chris Gall Trio très inspiré par E.S.T., invitant Nils Landgren qui offre un superbe solo de trombone, le jeu de piano subtil de Michael Wollny sur « Fragile », l’accordéon de Lelo Nika accompagnant Viktoria Tolstoy...
On l’avoue tout de suite : les rééditions EMI du catalogue Blue note sont de qualité inégale. Prenons ce triple album Sydney Bechet. Certes, comme l’indique le titre (Best of 3 CD), on a ici 53 titres résumant la carrière de ce magnifique musicien, classés chronologiquement à partir des années 30, De « Blues for Tommy » à « Sweet Georgia Brown » (1953). Mais aucune indication sur les musiciens des différentes séances, des notes de pochette anonymes et en anglais, des couleurs ternes et une iconographie pauvre : trois photos d’un Sydney vieillissant. Quand on songe à l’histoire de ce label mythique, à la « note bleue », créée en 1939 par Alfred Lion et ses associés, il y a de quoi être déçu. Quel intérêt, à notre époque où tout est facile d’accès, que cette compilation triste et sans âme ?
Belle brochette de bons musiciens - notamment les saxophonistes ténor solistes Tony Malaby et Ellery Eskelin - pour ce big band dirigé de main de compositeur par John Hollenbeck, excellent arrangeur et batteur. Cependant, pas de quoi s’ébaubir outre mesure, malgré un « Foreign One » (premier des six titres) assez excitant, dédié à Thelonious Monk et basé sur son célèbre « Four in One ». Le restant plane souvent haut, mais sans réel décollage malgré quelques tentatives d’originalité ; n’est pas Maria Schneider qui veut, et on peut rester insensible aux œuvres très bien réalisées auxquelles manquent cruellement le petit supplément d’âme - ou d’autre chose - qu’on attend toujours. Côté grandes formations, on peut préférer le Carine Bonnefoy New Large Ensemble (et regretter qu’il soit passé un peu inaperçu au festival Jazz sous les Pommiers 2009), le Sacre du Tympan dernière formule ou le Stéphane Guillaume Brass Band.
John Hollenbeck vient d’être nommé aux Grammy Awards pour le meilleur enregistrement dans la catégorie Best Large Ensemble. Cela ne change en rien les termes de cette appréciation. Cela prouve : 1) que je ne m’associe pas au concert de louanges lues par ailleurs... mais peut-être n’ai-je pas entendu la même musique ; et 2) que le jury n’a certainement pas pu écouter les orchestres français...
Ce troisième album de David Murray en compagnie des Gwo-Ka Masters compte la participation vocale de Taj Mahal sur une plage (« Africa ») et de Sista Kee, chanteuse de rap chrétien, sur le morceau-titre ainsi que « Southern Skies ».
Très loin de ses routes free, Murray enfonce ici le clou d’un funk africano-caribéen musculeux où se croisent des références comme James Brown ou une certaine pop antillaise des années 1970 - Exile One ou les Gramacks - dont l’nfluence est perceptible en particulier dans les chœurs et certains arrangements de cuivres. Le répertoire est fait de compositions simples - parfois simplistes -, laissant une place bien balisée à des improvisations pas toujours très créatives. Une musique qui, sur CD, donne un peu l’impression de tourner en rond mais qui doit s’avérer, en concert, d’une efficacité redoutable.