Citizen
Édition du 19 mars 2010 // Citizenjazz.com / ISSN 2102-5487
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with Dave Holland and Elvin Jones

Bill Frisell

Bill Frisell (g, elg) Dave Holland (b) Elvin Jones (d)

Et nous voila « on the road again » avec Bill Frisell  : après le Blues dreams de l’an dernier qui annonçait la couleur, ce nouvel opus continue dans la même veine, plus minimaliste encore. Musique d’un film rêvé, Frisell doit rêver ses disques et parvient à entraîner dans cet ouest américain désespérément vaste. Avec cette inspiration légèrement désabusée, le guitariste distille la mélancolie de celui qui ne réussit pas exactement sa vie. Et la regarde passer à distance.
Elvin Jones et Dave Holland sont les partenaires requis, s’adaptant parfaitement à ce climat suggéré dès le premier titre Outlaws. Elvin Jones joue tout en retenue et la basse de Dave Holland chante peut-être moins qu’à l’ordinaire, soumise à la ligne impulsée par le guitariste sur les douze titres de blues et de ballades. Même cette vieille scie de Moon River est friselée délicatement .
Frisell fait penser à certaines figures légendaires du rock, toujours « on the wire », entre émotion et sentimentalisme. Deux profils enchâssés : celui, doucement rêveur qui revisite la légende de l’Ouest mais fait tourner la boussole vers le nord , pour affoler un peu. Et qui nous conduirait vers le revers peut être plus jazz …
On se réjouit de temps à autre que les deux compères participent plus pleinement, encore qu’un peu trop fugitivement. Car au premier plan, la guitare suave mais aussi inquiétante, dans une tension bien perceptible, recrée les images du genre, ou plutôt les contourne tout en restant dans une même direction, toujours horizontale.
On aura compris que même si Bill Frisell sait installer à merveille une atmosphère onirique, on est loin de la guitare torturée de Neil Young ou de la folie labyrinthique qui pourrait driver la B.O d’un film de David Lynch.
Avec Frisell, c’est toujours la même complainte, entre chien et loup, dans la prairie perdue. Soutenu sans effort apparent, protégé dans une atmosphère enveloppante, on se laisse prendre par cette musique aux rives de l’oubli et puis on finit par s’endormir, apaisé.
I don’t live today, maybe tomorrow...

par Sophie Chambon // Publié le 2 février 2002