Citizen
Édition du 22 février 2012 // Citizenjazz.com / ISSN 2102-5487
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Bob Dylan, l’explosion rock - Exposition

Communiqué :

« Présentation de l’exposition

Dans le parcours du chanteur américain, d’une exceptionnelle longévité, les années 196-1966 sont décisives : c’est pourquoi l’exposition « Bob Dylan, l’explosion rock » leur est entièrement consacrée.

Bob Dylan - L’explosion rock 1961-1966
du 6 mars au 15 juillet 2012
à la Cité de la musique de Paris

Au cours de cette période, Dylan, devenu une figure emblématique de la protest song, prend ses fans de court en troquant sa guitare acoustique pour un instrument électrique et des paroles aux accents surréalistes : il provoque, à 25 ans, un déni artistique à la hauteur de l’adulation qu’il suscite. De cette métamorphose du personnage en rock star, le photographe Daniel Kramer offre un témoignage saisissant. Bob Santelli, commissaire de l’exposition, a retenu une soixantaine de clichés en noir et blanc qui forment le cœur de l’exposition. Loin du tumulte, c’est au contraire le visage encore juvénile de la star, souvent chaussé de lunettes noires, et une mince silhouette qui se détachent, en studio ou en coulisses. Daniel Kramer s’est aussi distingué en réalisant les pochettes de deux albums mythiques : Bringing It All Back Home et Highway 61 Revisited, véritables manifestes qui octroient à Dylan un prestige que seul Elvis Presley avait atteint jusque-là.

Autour de cette galerie de photographies, habitée par la voix singulière de Bob Dylan, s’articulent les temps forts de sa carrière musicale, esquissée à Hibbing, pleinement amorcée dans les clubs de Greenwich Village, en pleine renaissance folk, et scandée par les concerts du Newport Folk Festival en 1964 puis 1965. L’exposition présente l’une des premières guitares acoustiques de Dylan, des manuscrits de chansons, des photos et documents de sa jeunesse, de nombreuses archives audiovisuelles et extraits de concerts. Des guides d’écoute, réalisés par la Médiathèque de la Cité de la musique, et un espace plus spécifiquement dédié aux rapports privilégiée entre Dylan et la France à cette époque complètent le parcours du visiteur.

Bob Dylan par Robert Santelli,
commissaire de l’exposition

Bob Dylan est l’une des figures emblématiques de la musique du XXème siècle. Dans les années 60 – son apogée – il a su accroître le pouvoir des mots dans le rock grâce à ses virages poétiques imprévisibles, ses métaphores mystérieuses et son symbolisme fascinant. Les paroles de ses chansons comptent parmi les toutes premières à être considérées comme de la littérature, étudiées jusque dans les classes d’université. Des Beatles à Bruce Springsteen, c’est tout le monde du rock qui a été influencé par la majesté de sa musique, et particulièrement par ses paroles. La révolution rock de cette décennie n’aurait pas eu lieu sans lui.

De son vrai nom Robert Zimmerman, il naît le 24 mai 1941 à Hibbing dans le Minnesota, non loin de la frontière canadienne, là où le vent d’hiver souffle autant que la neige s’amoncèle. Sa famille appartient à une petite classe moyenne juive de la ville, et il coule une enfance des plus banales, grandissant avec la télévision américaine, les premiers sons rock’n’roll à la radio et le rêve de faire partie du groupe de son idole de jeunesse, Little Richard. Quand le jeune Bobby Zimmerman entre dans l’adolescence, ses centres d’intérêt musicaux se développent. Il se considère majoritairement influencé par Elvis Presley, Hank Williams et Buddy Holly, et se met à la guitare électrique avec la vision de devenir un jour une star du disque. The Golden Chords, son premier groupe, joue lors de quelques fêtes lycéennes, mais personne à Hibbing ne se souviendra avoir reconnu en lui un génie musical en puissance.

Comme le raconte un habitant de longue date de Hibbing, « il n’y avait rien pour indiquer que Bobby Zimmerman deviendrait un jour Bob Dylan. C’était un gamin qui jouait de la guitare et avait son petit groupe, mais à l’époque il y en avait tout plein comme lui en Amérique. »

Zimmerman quitte le lycée de Hibbing au printemps 1959 et se rend à Minneapolis où il intègre à l’automne l’Université du Minnesota. Étudiant peu conventionnel, il est son propre professeur dans ce qui est devenu sa nouvelle obsession musicale, à savoir la musique folk, échangeant sa guitare électrique contre une acoustique et se concentrant sur le premier troubadour d’Amérique, Woody Guthrie.

Dans ses mémoires, Chronicles, Dylan se souvient de l’impact qu’avait eu Guthrie sur lui. « Ma vie n’était plus la même depuis que j’avais entendu Woody en disque à Minneapolis… Lorsque je l’ai entendu pour la première fois c’était comme si une bombe d’un million de mégatonnes venait de tomber. » Zimmerman se nourrit de Guthrie – sa musique, son habillement, l’accent traînant du sud¬est – comme une éponge se gorge d’eau. Il se prend lui-même pour Woody Guthrie. Mais ce nom – Woody Guthrie – possède une sonorité que le sien n’a pas. Zimmerman trouve la solution : il commence à se faire appeler Bob Dylan, et c’est ainsi qu’il se présente à New York au début de l’année 1961, avec le projet de rencontrer son mentor lequel est en train de mourir sur un lit d’hôpital d’une maladie terrible, la chorée de Huntington. Dylan rencontre Guthrie, et le reste du monde découvre bientôt Dylan. En 1962, Columbia Records sort son premier album baptisé de son propre nom. Bien que Bob Dylan ne contienne que deux titres originaux, l’un d’eux s’intitule Song to Woody, une ode à son mentor. L’album suggère déjà les prouesses croissantes de Dylan en termes d’écriture de chansons. Les albums suivants, The Freewheelin’ Bob Dylan (1963), The Times They Are a-Changin’ (1964) et Another Side of Bob Dylan (1964) confirment ce que beaucoup dans la communauté de la musique folk américaine pensent : il y a là quelqu’un doté du don très rare de faire de la musique qui compte vraiment, capable d’augmenter la puissance d’une chanson dans une décennie qui en compte plein et de se faire la voix de la culture d’une jeunesse en plein essor.

Pete Seeger, le saint patron de la musique folk américaine, voit dans le jeune Bob Dylan le successeur de Woody Guthrie. Les participants aux marches pour les droits civiques, les protestataires antimilitaristes, les activistes politiques – tous adoptent la musique écrite par Dylan au début des années 60 comme étant l’énergie vitale de leurs mouvements. Des titres comme « Blowin’ in the Wind » et « The Times They Are a-Changin’ » fonctionnent comme de véritables hymnes ; d’autres airs de Dylan comme « Chimes of Freedom » et « A Hard Rain’s A-Gonna Fall » deviennent des cris de ralliement. D’un coup, Dylan - à tout juste vingt-cinq ans - est salué comme le porte-parole de sa génération. Face à ces applaudissements sans fin, il se détourne.

Le Newport Folk Festival, principal rendez¬vous du renouveau de la musique folk chaque été, a lieu à Rhode Island et rassemble un plateau de musiciens folk, blues et roots d’une riche diversité venus de toute l’Amérique. Dylan s’y est déjà rendu en 1963, lorsque Joan Baez, ancienne avocate devenue sa petite amie et elle¬même star du folk, le présente ainsi au public de Newport : « voici le messie de la musique folk, une voix nouvelle et exaltante dans la tradition folk américaine. » De retour deux ans plus tard, Dylan choque Newport et le reste du monde musical en relâchant son emprise sur la musique folk, sanglé dans sa guitare électrique et à la recherche d’une nouvelle manière de s’exprimer. Ce que le folk perd, le rock le gagne, et sur cette scène de Newport en 1965 une page d’histoire est en train de s’écrire.

Ce tournant avait déjà eu lieu quelques semaines auparavant en studio d’enregistrement, avec le titre phare « Like a Rolling Stone », considéré par beaucoup d’historiens du rock comme le meilleur single de tous les temps. Il ne s’agit sûrement pas là de musique folk ni de rock au sens conventionnel, mais plutôt d’un hybride de folk et de rock avec une sonorité ne ressemblant à rien de comparable dans le passé. De par son originalité, « Like a Rolling Ston »e possède une brillance, une audace et une beauté certaines. Pour Dylan, c’est le point de non¬retour. Il n’est plus alors le fils spirituel de Woody Guthrie, mais plutôt l’artiste le plus exceptionnel des années 60, visionnaire de la guitare électrique et poète obsédé par l’expression de la vérité.

D’autres albums suivent, tous des chefs-d’œuvre : Bringing It All Back Home (1965), Highway 61 Revisited (1965) et Blonde on Blonde (1966). Dylan sillonne l’Amérique puis l’Europe avec un groupe intitulé les Hawks. Connus ensuite sous le nom de The Band, ils sortent leurs propres enregistrements classiques. La position de Dylan dans le monde du rock prend de l’envergure jusqu’à ce qu’il ne puisse plus le supporter.

Que cela ait ou non un rapport, son accident de moto de l’été 1966 demeure un mystère, mais il reste que cet accident permet à Dylan de disparaître hors de la vue du public, loin des délires de la célébrité et des demandes incessantes de ses fans. Dylan demeure reclus jusqu’au début de l’année 1968, date à laquelle il se produit à New York lors du concert organisé à la mémoire de son héros récemment décédé, Woody Guthrie. Peu après, il sort John Wesley Harding, un album dont l’austérité tranche avec la richesse des précédents. Enregistré à Nashville, celui-ci frappe par sa sonorité country et sera suivi d’un autre album quelque peu similaire dans son design musical, Nashville Skyline.

Dylan a changé de son mais aussi d’aspect. Sa résurrection et sa réinvention choquent certains, tandis que d’autres applaudissent ce qu’ils considèrent comme la simple évolution d’un génie musical. Tous s’accordent cependant sur le fait que Dylan, héros malgré lui des posters de la révolution rock des années 60, maître dans l’écriture de chansons et poète folk, a encore beaucoup à dire.

A propos de Bob Santelli…

Directeur du Grammy Museum de Los Angeles, journaliste et musicographe, il est aussi à l’origine de plusieurs musées américains dédiés au rock tels que le Rock and Roll Hall of Fame Museum (Cleveland) et l’Experience Music Project (Seattle).

Quand AEG - une des majors de l’industrie du spectacle aux Etats-Unis - décide d’ouvrir le Grammy Museum à Los Angeles en 2008, le choix de Robert Santelli comme directeur du projet paraît une évidence. Après plusieurs années au Rock and Roll Hall of Fame and Museum et à l’Experience Music Project où il a monté plus d’une trentaine d’expositions, Bob Santelli possède la vision et la créativité nécessaires à ce nouveau projet.

Universitaire de formation, Robert Santelli a rejoint le Rock and Roll Hall of Fame and Museum en 1993 pour y occuper le rôle de vice président des programmes d’enseignement et programmes pour le public. C’est à ce moment¬là qu’il crée notamment la série American Music Masters, la série Hall of Fame et le projet Oral History. En 2000, Santelli rejoint l’Experience Music Project en tant que PDG et directeur artistique. Il y créa plus de 30 expositions, dont plusieurs qui ont fait le tour des Etats¬Unis et de l’Europe, y compris Bob Dylan’s American Journey, 1956 – 1966 qui marqua un tournant pour ce genre d’exposition.

Historien du blues et du rock réputé, Santelli a écrit et édité plus d’une douzaine de livres, y compris, The Big Book of Blues, The Bob Dylan Scrapbook et, plus récemment, Greetings from E Street : The Story of Bruce Springsteen and the E Street Band, publié en 2006. En outre, Santelli a écrit de nombreux articles pour des magazines tels que Rolling Stone, CD Review, Downbeat, Backstreets et New Jersey Monthly, ainsi que des journaux tels que New York Times, Asbury Park Press et The Cleveland Plain Dealer. Robert Santelli est depuis longtemps membre de la Recording Academy, et fondateur du National Music Museum Alliance. Il est à l’initiative auprès du Congrès américain de « 2003, l’année du blues ».

Dylan, l’explosion rock
Exposition à la Cité de la musique
Du 6 mars au 15 juillet 2012
Du mardi au samedi de 12h à 18h
Nocturne jusqu’à 22h les vendredis
Dimanche de 10h à 18h
Entrée de l’exposition : 8 €
Pour les moins de 26 ans : 5 €
Tél : 01 44 84 44 84
221, avenue Jean-Jaurès
75019 Paris
Métro porte de Pantin

Autour de l’exposition

Concerts :

  •  Syd matters A History of Bob Dylan Mardi 6 mars à 20h
  •  Sophie Hunger Bob Dylan - Be Part of My Dream Mercredi 7 mars à 20h & Jeudi 8 mars à 20h & Vendredi 9 mars à 20h
  •  Moriarty Before Dylan Jeudi 8 mars à 20h
  •  Herman Dune joue l’album Shot of Love Samedi 10 mars à 20h

    Projections de films :

  •  The Other Side Of the Mirror Bob Dylan Live At The Newport Folk Festival (1963-1965), Documentaire de Murray Lerner États-Unis, 2007, 83 minutes. Avec Joan Baez, Bob Dylan, Johnny Cash, Peter, Paul & Mary, Pete Seeger… Samedi 10 mars, 15h
  •  Pat Garrett & Billy The Kid Film de Sam Peckinpah États-Unis, 1973, 122 minutes. Musique de Bob Dylan Avec James Coburn, Kris Kristofferson, Bob Dylan… Samedi 10 mars, 17h
  •  Don’t Look Back Documentaire de Don Alan Pennebaker États¬Unis, 1967, 95 minutes. Dimanche 11 mars, 11h
  •  No Direction Home Documentaire de Martin Scorsese États¬Unis, Royaume-Uni, Japon, 2005, 207 minutes. Dimanche 11 mars, 15h
  •  Masked and anonymous Film de Larry Charles États¬Unis, Angleterre, 2003, 102 minutes. Musique de Bob Dylan Avec Jeff Bridges, Penélope Cruz, Bob Dylan, John Goodman, Jessica Lange, Mickey Rourke... Dimanche 11 mars, 20h

    Collège Bob Dylan (cycle de 10 séances)

    Après un demi¬siècle de reconnaissance et de célébrité, Bob Dylan reste une icône méconnue. Il est souvent associé de façon réductrice au folk, à la contestation politique et aux années 1960. Il a fini par en prendre son parti avec humour et collectionne les bouleversements de carrière : le voilà, dans un désordre assumé, grand amoureux et crooner à ses heures, fougueux bluesman électrique, barde halluciné dans le sillage de son ami Allen Ginsberg, mémorialiste salué par la critique, animateur radio, scénariste labyrinthique, défenseur des fermiers américains, moraliste sur fond de gospel... la liste est sans fin. Il ne faudra pas moins de dix séances à Silvain Vanot, musicien et auteur d’un ouvrage sur Bob Dylan, pour tenter de saisir la multiplicité des talents et des curiosités de ce créateur hors pair.
    Le mercredi de 19h30 à 21h30, du 28 mars au 13 juin. »