Bothén, Ambarchi, Berthling, Werliin
Serpentine
Christer Bothén (bcl), Oren Ambarchi (g), Johan Berthling (b), Andreas Werliin (d)
Label / Distribution : Black Truffle

Familier de l’Europe et notamment des festivals allemands, l’Australien Oren Ambarchi suit en cela la trajectoire de ses compatriotes Shanon Barnett ou Jordan White. Le guitariste, avec son trio suédois Ghosted, composé du batteur Andreas Werliin et du contrebassiste Johan Berthling, est l’artisan d’une musique hypnotique, souvent marquée par les esthétiques ambient et la musique répétitive, pas très éloignée de ce que l’on peut entendre chez Terje Rypdal. C’est presque naturellement que l’on retrouve, dans ce Serpentine, le légendaire clarinettiste Christer Bothén [1], comme pour aller au-delà du miroir : « Antigorite » et sa ligne de basse ronde et entêtante qui entraîne les nappes de la guitare sont bousculés par la clarinette basse. Non que Bothén rudoie le calme psychotrope du trio, mais il l’emmène ailleurs. Le fait flotter dans d’autres éthers.
Dans ce climat, Bothén est comme un poisson dans l’eau, trouvant en Werliin un compagnon de choix, toujours prêt à sculpter la masse sonore de Berthling et Ambarchi. Sous l’impulsion de la clarinette, le flux de Ghosted prend des couleurs africaines, une rythmique mandingue comme une sorte de transe impavide et hors du temps. Sur « Lizardite » d’ailleurs, Bothén troque sa clarinette basse pour son habituel n’goni pour faire voyager encore davantage la musique de cet orchestre. Parfait de bout en bout, Johan Berthling s’adapte à ces nouvelles couleurs pour faire tourner la mécanique avec une fluidité peu commune. Guère étonnant d’entendre ici Christer Bothén au n’goni : c’est sur le label d’Oren Ambarchi, Black Truffle, qu’était paru son incroyable Christer Bothén Donso n’goni. Il a toute liberté ici pour jouer et lâcher prise.
Cette liberté serait-elle la condition sine qua non de l’élégance ? Pas complètement, car elle est naturelle chez le clarinettiste comme chez les autres musiciens. « Serpentine » qui ouvre l’album est un modèle de cette légèreté pénétrante qui prend forme dans la contrebasse et qui s’habille, au fur et à mesure, d’un manteau sonore tissé à la fois par les nappes fiévreuses de la guitare et les prises de parole paraboliques de Bothén. Envoûtant et attachant.
Notes
[1] Voir notre portrait.


