Citizen
Édition du 19 mars 2010 // Citizenjazz.com / ISSN 2102-5487
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Carla Bley, monstre sacré du jazz

Au diable la misogynie. Optons pour « Les Miss au génie… » ou à tout le moins pour le « Jazz au féminin », sous-titre de notre rubrique « Ainsi jazzent-elles... »

Rendons cette fois hommage à une diva, une sacrée personnalité entrée au panthéon jazzistique. Son nom, Bley. Son prénom, Carla, pianiste, compositrice, saxophoniste, claviériste, chef d’orchestre, arrangeuse américaine.

Des « Miss au Génie », Carla Bley en fait décidément partie. Les faits le démontrent amplement : tout d’abord, c’est l’une des rares femmes non chanteuses à jouir d’une grande notoriété dans le monde swinguant et enjazzé. Et elle l’a bien mérité. Elle a en effet contribué à renouveler l’écriture et l’arrangement avec une grande subtilité, une immense créativité et une bonne dose d’originalité. Si vous en doutez, écoutez au moins son opéra jazz Escalator Over the Hill. Il fallait oser. Carla l’a fait.

Aventurière intrépide, elle explore la musique américaine sous toutes les latitudes. Elle est sans cesse en quête de nouveaux horizons musicaux et sonores. Elle teste, sans jamais se lasser, de nouvelles sonorités. À elle seule, la liste de ses acolytes dit toute la diversité des genres que Carla Bley a abordés : à côté des musiciens de jazz (Roswell Rudd, Gato Barbieri, Charlie Haden, Don Cherry, Enrico Rava, Jimmy Knepper, Jimmy Lyons, Paul Motian, Howard Johnson, Sheila Jordan, Bob Stewart, Jeanne Lee, John McLaughlin, Steve Lacy, Kent Carter, Aldo Romano, Michael Mantler), on trouve Don Preston (claviers des Mothers Of Invention de Frank Zappa), Jack Bruce (bassiste de Cream), la chanteuse country Linda Ronstadt, Robert Wyatt ou Nick Mason (batteur de Pink Floyd). D’ailleurs, l’album solo de ce dernier (Fictitious Sports, 1981) est en grande partie un album de Carla Bley.

Elle varie les plaisirs et écrit des musiques de film : son arrangement de la b.o. de Huit et demi (Fellini) apparaît sur le disque de Hal Willner en hommage à Nino Rota. Mortelle randonnée (Claude Miller - 1983) porte lui aussi sa patte musicale.

Carla Bley, et plus si affinités

Carla Bley est née Carla Borg le 11 mai 1938 à Oakland en Californie. (Etait-ce une enfant surdouée ? C’est une possibilité. À vous de juger.) Lorsqu’elle a trois ans, son père, Emile, professeur de piano et maître de chœur à l’église locale, lui inculque quelques rudiments de musique. Juste ce qu’il faut. Carla écoute, intègre tout très vite. Haute comme trois pommes, elle tient déjà l’orgue durant les offices. Étonnant, non ? En bref, elle apprend à parler et à jouer en même temps. Après tout, ne dit-on pas que les mots sont comme des notes ?

Mais l’appel du jazz est plus fort que tout...

L’heure de la liberté à sonné. Ça va swinguer.

Farouchement indépendante, elle tire sa révérence et quitte très jeune le giron familial. Elle s’installe à New York, là où ça swingue vraiment. Afin de s’imposer dans un monde marqué au sceau de la masculinité, elle s’improvise dans le rôle de « Carla, jeune fille aux cigarettes ». En effet, c’est notamment en vendant des cigarettes dans les famous clubs de jazz tels que le Birdland qu’elle trouve le moyen d’assister aux concerts, et bien sûr de rencontrer les musiciens.

par Eva Aym // Publié le 3 novembre 2008
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Carla Bley en concert