De la batterie classique, elle a la forme et le squelette ; grosse caisse, toms, caisse claires et
cymbales. Mais, la plupart des éléments présentent des caractéristiques particulières. Des
morceaux de ferrailles, du papier à bulle sur les cymbales, par ailleurs fendues, des couvercles de
casserole, des pots, des seaux, des pièces de métal à faire sonner, du gravier à remuer, du papier
à froisser, des colifichets, des gris-gris, un trombone, un arrosoir, que sais-je encore…
Ca commence bien.
Puis sérieux, il explique le rôle du son pour l’émotion. Dans ce contexte, il recherche d’avantage à obtenir un son précis, adapter à la situation musicale. Il apparente alors sa batterie à une sculpture, en référence à Jean Tingeli et à son Cyclope. Il revient alors sur l’histoire de la batterie, particulière au sens où cet instrument est né dans le jazz, par et pour le jazz, fruit d’une accumulation successive d’éléments de percussions différents réunis et joués par une même personne. Jazz, accumulation, éléments, différents… nous y sommes.
Et mystique avec ça ! Puis il joue de l’arrosoir (technique du Ney) et du trombone.
Utilise-t-il tout à chaque concert ? Non, il aime avoir le choix, mais laisse aussi le hasard guider sa main autour de lui pour attraper n’importe lequel des éléments. Il trône ainsi au milieu d’un amoncellement de bruit possible. Arrive la poésie. En effet, il joue avec les sons et le poète joue avec les mots. Il se tourne de plus en plus vers le texte, la chanson. Les sons ne suffisent plus. La poésie joue un rôle important pour lui et ses complices (Christophe Monniot, La campagnie des musiques à ouïr). Ils ont d’ailleurs fait une résidence à Soweto, dans les ghettos, avec des plasticiens, des poètes et des danseurs. Un grand souvenir.
Soudain, ce n’est plus le Fanfan-la-Tulipe d’opérette, mais l’artiste investi, convaincu, qui remet en question ses principes, cherche, questionne et trouve. Soweto, dernier endroit sur terre où faire l’imbécile. La Campagnie des musiques à Ouïr tiendrait-elle un secret occulte ? Il parle de création, de musique.
Il y a dix ans, il part en tournée aux U.S.A. avec Little Bob pour enregistrer un disque, son premier. Il en revient enchanté et propriétaire de sa batterie Gretsch achetée in extremis vingt minutes avant de partir, dans un magasin où elle venait d’arriver. Un têtu, qui passait tous les jours au magasin en attendant qu’elle arrive.
Puis, Charolles veut chanter.
Il s’accompagne en tapant sur une tôle et en agitant une chaîne. Work song, début du troisième millénaire.
« Découvert » par Little Bob et Laurent Dehors, Denis Charolles a fait de la musique pour s’en sortir. Son enfance ne servira pas de modèle aux écolières de Notre-Dame du Sourire et c’est dommage.
Sidéré. Lequel des deux est le plus fou ?
Bon. Finalement c’est logique. Tous dehors, la campagnie des musiques à ouïr… rien de moins semblable. Cette rencontre est déterminante. Laurent Dehors est un musicien reconnu et il prend Denis Charolles dans le trio (avec le guitariste David Chevallier), puis dans Tous Dehors et de rencontres en concerts, ils jouent avec Michel Portal, Louis Sclavis, Henri Texier… beau parcours depuis les petites salles de rock rouennaises. Sa coterie, c’est la bande à Dehors, la bande à Monniot. Christophe et Denis jouent en duo, en trio, en orchestre, comme avec Dehors. Charolles semble correspondre à un univers humoristique et décalé où le jazz prendrait une liberté d’expression hors du cadre musical, mais face au public. La liberté, la démerde, la créativité. C’est ce qu’il recherche dans la musique et qu’il trouve principalement dans les petites formations. Dans la vie, il fait ce qui lui plaît. Et on le retrouve avec la Campagnie en concert avec Yvette Horner.

-Lorsqu’on lui a parlé d’improvisation, elle nous a dit : « Messieurs, la porte est ouverte, j’ai autre chose à faire. Au revoir ». Alors, on est resté pour parler et pour se connaître. On voulait faire ça. Nous avons fait six mois de travail.
Yvette Horner. Il fallait le faire.
La Campagnie est née de rencontres, d’écoutes, d’expériences. Et Monniot est là encore. Leader de
Monniotmania, véritable bombe orchestrale, délirante et fugace, improvisée. Monniot aime rire. Le
rire est important, mais il véhicule une émotion.
Insaisissable Denis Charolles, il rebondit sur tout. Dédé l’Indien, c’est du sérieux. Une chanson engagée. Et au premier degré, s’il vous plaît. Mais il manque du texte et Denis travaille dessus, notamment pour la Campagnie. La musique est un langage universel.
-L’amitié avec Christophe est un lieu de rencontre. Depuis dix ans. Nous avons commencé à Rouen, dans la rue. Dans les bœufs, on était mis de côté. Il ne jouait pas dans les harmonies, moi je ne jouais pas ce qu’il fallait… alors on a joué ensemble, dans la cave. C’est un travail d’écoute. Nous avons beaucoup écouté de disques, de musiques différentes. C’est une source d’inspiration permanente pour moi.
Denis Charolles repart en dansant. On le retrouve un peu plus tard, conduisant une fanfare sud-africaine dans le parc de la Villette, pour le festival ; sur la petite scène de l’Atmosphère, dans le 18éme à Paris. Et ses performances restent une expérience. Il fait vibrer d’une façon si personnelle, en dehors de tout classicisme, de toutes convenance, mais avec sincérité.
A suivre donc, sur disques ou en concert avec La Campagnie des musiques à Ouïr, Laurent Dehors, Monniotmania, Pyromanes, etc.
