Chronique

Christophe Delbrouck

Les extravagantes aventures de Frank Zappa (Acte 1)

Brian May disait, à propos de Frank Zappa , « c’est un sujet d’étude à vie ». Cette citation trône certainement en bonne place dans le bureau de Christophe Delbrouck. Quinze ans après une première trilogie biographique [1], ce spécialiste du musicien à la moustache se relance dans une nouvelle somme encyclopédique en trois tomes intitulée « Les Extravagantes Aventures de Frank Zappa ». Le premier tome couvre les années de jeunesse, la création des Mothers Of Invention et la structuration de sa pensée critique envers la société américaine et l’industrie musicale.

Le présent ouvrage apporte de nouveaux éclairages par rapport à celui de 2003 couvrant à peu près la même période (1940-1971). Ces 31 premières années justifient à elles seules le titre choisi par son auteur. Dès son enfance, Frank Zappa est un personnage extravagant, un trublion doté d’une détermination sans faille et d’une audace incroyable. Il veut faire jouer sa musique à la sortie de l’adolescence, et tous les moyens seront bons pour y arriver. Non sans mal. Sa persévérance, sa boulimie de travail et son obstination finiront par le conforter dans cette carrière de musicien. Le livre suit le cheminement du jeune compositeur pour trouver sa propre voie, de la musique orchestrale contemporaine des premiers albums à la musique plus rock du début des années 1970. Le livre détaille aussi son comportement sur scène et dans les médias. Petit à petit se dessine le Zappa qui deviendra au fil des années le commentateur acerbe des dérives de la société américaine.

L’ouvrage s’attarde également sur ses rapports avec sa famille, son entourage et ses musiciens. Le livre décrit notamment comment Zappa peine à faire jouer sa musique correctement par les Mothers of Invention. L’arrivée de nouveaux musiciens venus du jazz ou du classique offre régulièrement de nouvelles perspectives au leader. En ce sens, le rapport de Zappa à ses musiciens est similaire à celui de Miles Davis [2]. Tous deux auront cherché à disposer du meilleur groupe à un instant donné pour répondre au mieux à leur préoccupation artistique du moment. Rappelons que ces deux génies du 20è siècle auront lancé une pléiade de grands musiciens. Ainsi, si Zappa peut se montrer à la fois intraitable et presque odieux avec eux dans le rapport à sa musique, le livre témoigne aussi de son attachement à cette première mouture des Mothers of Invention. Il fera son possible pour les faire progresser techniquement ou pour leur donner une place dans sa formation dans les moments difficiles.

Zappa s’est cherché pendant cette première partie de sa vie. Il doit répondre à plusieurs questions. Comment faire jouer sa musique sans concession tout en restant financièrement viable ? Sous quelle forme musicale exprimer sa débordante créativité pour réussir à toucher un public assez large ? Quelle posture prendre face aux médias, face au public et face à l’industrie musicale ? Ce livre y répond avec brio.

Enfin, la lecture de cet ouvrage se révèle plus aisée et plus digeste que pour la précédente trilogie. Si cette dernière était avant tout destinée à un public de connaisseurs, cette nouvelle livraison est tout à fait adaptée à des néophytes curieux. Les admirateurs les plus dévots y trouveront également leur compte. Le livre est truffé d’informations, d’anecdotes, de citations de personnes ayant côtoyé Zappa ainsi que de traductions de passages de nombreux ouvrages anglophones.

par Jean-François Sciabica // Publié le 17 février 2019

[1Frank Zappa et les mères de l’invention (T1), FZ et la dînette de Chrome (T2), FZ et l’Amérique parfaite (T3)

[2L’autobiographie de Miles Davis avec Quincy Troupe se concentre notamment sur cette question