
On ne mesure pas suffisamment la chance qu’on a, en Europe et singulièrement en France, de disposer d’un vivier de jeunes musiciens créatifs et déjà foncièrement prêts pour la grande aventure, malgré les ornières évidentes des politiques publiques. Depuis que Fred Maurin a eu la bonne idée de lancer l’Orchestre National de Jazz des Jeunes (ONJJ) lorsqu’il occupait la direction de l’institution, ce vivier a concentré les talents. Ciechelski, Savoyat, Simon, les noms qui peuplent ces pages sont tous passés par là… Tout comme la fabuleuse tubiste Fanny Meteier et le jeune batteur et compositeur Antonio Barcelona qui intègrent une partie du nonet de ce Cluster of Flowers, le Cotton Candy Armor (CCA), symbole d’un renouvellement complet des générations.
C’est Antonio Barcelona qui signe la plupart des titres très écrits de ce premier album paru sur le label montant Autres Records. Une écriture très fine où les motifs répétitifs sont une base non-exclusive, et où les influences de Braxton comme de Laubrock et Lehman sont présentes sans être étouffantes. « Karamba Kalimba », l’un des morceaux les plus aboutis, l’illustre : Barcelona s’appuie beaucoup sur ses musiciens, notamment le vibraphoniste Lucas Cord’homme et le contrebassiste Tom Boizot, pour accompagner un mouvement permanent. Il y a dans la musique du CCA un sens du placement remarquable, notamment dans « Toupie beyblade » qui, non content de trahir leur âge [1], offre aux soufflants l’occasion de spatialiser une musique pétulante mais toujours très structurée. Parmi ces cuivres et ces bois, on ne sera pas étonné d’y retrouver de fortes têtes comme Lucille Moussalli à la trompette ou Liam Szymonik au saxophone alto.
Cotton Candy Armor est déjà un grand format solide, malgré son nom [2]. Il a déjà une identité déjà affirmée et marquée par un goût certain pour la musique contemporaine. Mais on trouvera également, dans la très belle suite « Le Chemin des chenilles processionnaires », des influences qui vont du Surnatural Orchestra à Harris Eisenstadt, portées par le travail remarquable du pianiste Oscar Téruel dont l’entente avec Barcelona est la clé de bien des morceaux. Sur la seconde partie de cette suite, on ne sera pas surpris de retrouver Rose Dehors invitée dans un morceau où les trombones, à côté de celui de Jules Regard, sont à la fête. Le potentiel de cet orchestre est énorme et réjouissant.
Antonio Barcelona (d, comp), Amael Billard (ss, as), Liam Szymonik (as), Lucille Moussalli (tp), Jules Regard (tb), Fanny Meteier (tu), Lucas Cord’homme (vib), Oscar Teruel (p), Tom Boizot (b) + Rose Dehors (tb), Lou Ferrand (voc)



