Chronique

Daniel Erdmann’s Velvet Revolution

A Short Moment of Zero g

Daniel Erdmann (ts), Théo Ceccaldi (vln), Jim Hart (vib)

Label / Distribution : BMC Records UVM Distribution

La révolution de velours de Václav Havel, en Tchécoslovaquie, fut paraît-il conduite par le rêve européen. La Velvet Revolution du saxophoniste Daniel Erdmann applique le même paradigme sans détour. Il s’offre en surplus quelque clin d’œil humoristique dans la déconstruction de « Swing für Europa » où Théo Ceccaldi semble remonter un temps cabossé, devenu « Hot ». L’Europe unie, c’est le trio. Aux côtés de l’Allemand installé en France depuis longtemps et de l’insatiable violoniste, on trouve Jim Hart, un vibraphoniste anglais renommé pour le Cloudmakers Trio avec le contrebassiste Michael Janisch. Il n’est pas là pour arbitrer la rencontre : il l’habille et lui donne du relief (« Les Frigos », belle ballade nostalgique dans un Paris qui s’éteint).

L’alliance entre le saxophone et le violon n’est pas simplement la rencontre de deux des musiciens omniprésents ces cinq dernières années. L’orchestre est inédit et plein de surprises, comme le revendique le magnifique « Velvet Revolution ». Dans ce morceau en guise de manifeste, au format chanson, l’archet circule à tâtons dans le tintinnabulement des lames du vibraphone avant que le son rond et mélodique du ténor ne les rejoigne. Entre Hart et Ceccaldi, il y a des passages de relais incessants, tel un ballet. Quand l’Anglais se charge de la rythmique, son complice s’accorde diverses escarmouches avec Erdmann, qui peuvent faire songer à la relation privilégiée que le leader peut avoir par ailleurs avec Vincent Courtois (« A Pair of Lost Kites Hurrying Towards Heaven »). A l’inverse, lorsque le violon structure le propos, cela permet à Hart de se lancer dans des textures vaporeuses (« A Short Moment of Zero g »). Indéniablement, cela confère au disque paru chez Budapest Music Center une approche cinématographique claire-obscure, très enfantine.

C’est qu’il y a une vraie fraîcheur onirique dans cet alliage de timbres chambriste qui raconte des histoires. Quels que soit ses projets, de Das Kapital à ses réflexions utopiques avec Samuel Rohrer, le saxophoniste s’affiche d’abord comme un formidable conteur. Il a ainsi su mettre en musique les poèmes de Ze Jam Afane, dont on déniche différentes inspirations dans « Quand j’étais petit, je rêvais d’être pauvre ». Tout le disque est pavé de références à ses collaborations passées et son parcours, avec une réelle touche autobiographique. A Short Moment of Zero g constitue pour Erdmann une forme de synthèse ; son écriture est légère, comme en apesanteur. Cette révolution de velours a peu de chance de dévier de sa trajectoire : elle est entièrement libre de ses mouvements.