Ce soir, le répertoire d’Europe Centrale et balkan qui constitue la toile de fond du Tiny Bell Trio vole vite en éclats sous la férule de Jim Black. Alors qu’au sein de Pachora, Jim Black est trop occupé à tisser une trame riche en volutes orientales, grâce entre autres percussions au darbouka, il s’exprime ici en soliste accompli pour littéralement mener le trio. Et c’est dans tous les sens qu’il part. S’il change de nouveaux balais, c’est pour les laisser tomber dix secondes plus tard et agiter un hochet et ainsi de suite… Un va et vient permanent qui donne l’impression d’une constante maladresse ponctuée par les klaxons et cordes pincées de ses hochets. Un Pierre Richard en puissance qui met le public dans sa poche entre compositions envolées et contines pour enfants. Tout est traité avec bonheur et incarné avec légèreté par le jeu funambule de Jim Black et la généreuse bonhomie de Dave Douglas. L’humour, élément essentiel de ce trio, leur permet toutes les prouesses techniques. La dextérité de Jim Black emmène Dave Douglas sur des terrains que seul le technicien détaché de toute appartenance identitaire peut se permettre. Pour exemple, on entendra Dave Douglas enchaîner phrasés new orleans et swing sur une rythmique jungle. Une telle aisance, un tel survol de l’héritage laisse songeur. Tout paraît si simple qu’on n’ose se le dire mais la vérité est criante, sous nous yeux : Dave Douglas est le trompettiste le plus prolixe de ce XXIème siécle. Prolixe, et d’une telle compréhension du répertoire joué qu’on se croirait par moment voler au milieu des personnages de Chagall.
C’est en invité qu’on le retrouve dans la deuxième formation menée par le grand et trop souvent absent Misha Mengelberg. Accompagné de Greg Cohen et Joey Baron, il joue Monk sur une dynamique de la main droite plus proche d’un Herbie Nichols. Malheureusement, Joey Baron comme Greg Cohen jouent trop en retrait, sans jamais rentrer pleinement dans son jeu. Le jeu par touche de Baron, clairement inscrit dans la lignée de Monk sied à merveille à Mengelberg mais le batteur fait preuve de trop de déférence envers le pianiste. Réunis pour un concert unique, l’absence de jeu en commun se fait trop sentir. Même Douglas qui a largement collaboré avec Mengelberg a par moment du mal à se placer vis à vis de ses compagnons de Masada. Ce n’est que partie remise !
