
DoYeon Kim
Wellspring
DoYeon Kim (gayageum), Mat Maneri (vla), Henry Fraser (b), Tyshawn Sorey (d)
Label / Distribution : Pi Recordings

Depuis de nombreuses années que la musique de la Sud-Coréenne DoYeon Kim et son gayageum éveille la curiosité et le respect dans le jazz et les musiques improvisées étasuniennes, il nous tardait de l’entendre enfin comme leader d’un projet ambitieux. Avec Wellspring, c’est à la tête d’un étourdissant quartet que l’on retrouve la musicienne à la double culture : virtuose de la musique classique coréenne, elle a travaillé avec Joe Morris durant de nombreuses années et quelques albums. C’est le fruit de cette hybridation que l’on recueille ici. « Walking in The Dream » nous permet de découvrir DoYeon Kim chanteuse, s’appuyant à la fois sur l’alto de Mat Maneri et la batterie de Tyshawn Sorey pour traverser un miroir comme un palais des glaces, qui renvoie entre deux cultures un propos d’une merveilleuse cohérence.
Il en est de même dans le remarquable travail d’archet de Henry Fraser qui est le pivot d’un constant panneautage entre la microtonalité du gayageum et le langage improvisé, dans lequel on voyage avec fascination. Le propos de DoYeon Kim n’est pas une énième réflexion sur le dialogue entre les traditions. C’est une affirmation pleine et entière du syncrétisme d’une musicienne totale remarquablement accompagnée. Le travail de Maneri, très à l’aise dans son échange avec le gayageum, est remarquable ; témoin « Sun Shower », un des sommets de l’album, où DoYeon Kim redonne de la voix ; mais c’est la relation entre la musicienne et Sorey qui est la clé de cet album, dès « The Beats of Distant Thunder ». Le travail du batteur sur les cymbales, son jeu de percussions infusé de culture extrême-orientale bâtit un pont qui n’est pas seulement créateur de lien, mais aussi d’un langage nouveau littéralement inouï, dans tous les sens du terme.
C’est sans doute avec « Linear System », morceau qui s’offre la beauté de la radicalité, que DoYeon Kim pose pleinement son propos et la raison d’être de son quartet. Le propos naît dans les limbes de cordes frottées, quelles qu’en soient les techniques étendues, pour gagner en puissance tandis que Tyshawn Sorey élargit le propos et offre, à mesure que les instruments se détachent les uns des autres, un relief où s’installe une puissance sauvage capable de tout renverser en un explosif climax. La démarche très contemporaine de la musicienne, tout ce langage extrêmement précis qu’elle développe trouvent ici le point d’orgue, brillant et chaleureux, d’une musicienne intransigeante.


