Après douze années sur les routes, le trio suédois d’Esbjörn Svensson signe un deuxième live sans surprise. C’est par la création et le talent véritables que le groupe s’est imposé au niveau mondial. Sa musique est une synthèse virtuose entre jazz européen et américain qui s’articule autour d’un romantisme sans outrance et des sonorités électro-modernes, le tout créant une esthétique qui lui propre. Alors pas de surprise, E.S.T. poursuit avec brio son bonhomme de chemin, en usant des mêmes techniques et des mêmes ficelles sur CD et sur scène, où sa musique ne décape pas davantage.
Deuxième album du groupe EHA, Fortune est une production léchée, inscrite dans un courant entre jazz-rock, jazz-funk et variété américaine. Cela sent très fort - un peu trop - le travail de studio, avec un petit côté « musique de fond » pas très incarnée et des morceaux agaçants d’exotisme commercial, louchant vers un smooth-jazz sans aspérités. La guitare voudrait ressembler à George Benson ; elle y parvient pour le son, mais pas pour la virtuosité. Les saxophones sont moëlleux à souhait et la basse, confortable. Somme toute, une galette plutôt agréable à entendre, qui ne vous fera pas vous relever la nuit.
Bon jeune groupe d’influence globalement jazz-rock. Les compositions sont originales, variées, certains textes ne manquent pas d’humour, le son d’ensemble est séduisant et nous éloigne du déjà-entendu. Le chanteur s’exprime toutefois mieux dans le registre pop que jazz.
Parfois, sur les phrasés rapides, le défaut d’articulation donne l’impression qu’il chante en “yaourt” et c’est dommage (un essai en français peut être ?). Mais l’ensemble est d’une bonne tenue. Il y a là une écriture, une couleur, et c’est dans ses compositions que Lifescape est vraiment intéressant (la reprise est décevante). Encore un peu vert... la maturité révèlera son talent !
Un album dans l’esprit de Trois temps pour bien faire sur lequel on trouvait déjà le guitariste Marc Fosset : la place belle à l’accordéon (interprété ici avec brio par Jacques Bolognesi), dans un esprit d’ouverture et de mélange des genres, de la musette au blues en passant par la biguine. En compagnie alternativement de Jean-Luc Ponthieux ou Pierre-Yves Sorin à la basse, le trio propose des compositions originales aux mélodies naturelles, simples et redoutablement efficaces.
Erdem Helvacioglu est connu comme performer dans le monde de la musique électronique. Sur le thème de la guitare acoustique, ce musicien turc expérimente les capacités techniques modernes pour obtenir les sons les plus lisses, d’une sonorité consonante parfaite.
Exercice difficile, puisque les prises ont été réalisées « live » et sans post-production. Tout est fait par le musicien, qui joue et manipule divers effets sonores.
Quant à l’essentiel, à savoir la musique, on est dans une atmosphère cotonneuse, quoiqu’un peu délétère, qui fait parfois penser à une ambiance de relaxation efficace...
Le batteur et amateur de rugby Roger Biwandu célèbre ses influences... pas uniquement musicales comme on peut le voir sur la pochette : le rugby joue un rôle prédominant dans sa vie. Ce disque de jazz mainstream mais moderne commence même par un « haka » néo-zelandais. Le ton est donné !
Puis, heureusement pour nos oreilles fragiles, la musique prend largement le dessus. Avec l’accompagnement de Rémi Vignolo et une dédicace de Jeff « Tain » Watts, nous avons là une musique tout à fait honnête, qu’on aurait toutefois aimée plus dynamique.
Grâce au soin particulier apporté aux rythmiques (« Tribal Illusions »), la partie jazz se fond particulièrement bien dans l’ambiance du quartet à cordes ; l’ensemble tourne parfois au mélancolico-romantique planant (« Hush, They Sleep »). Ce morceau précis, d’ailleurs, est en partie responsable de l’impression de lenteur globale, malgré des pièces plus rapides (« Slink ») et une rythmique dynamique.
Bibi Tanga, pour le chant, et son Professeur Inlassable, pour la musique, nous propose un CD très réussi dans la fusion des genres.
Pop africaine d’excellente qualité (Bibi Tanga chante en sango de Centrafrique), électronique utilisée avec parcimonie, beaucoup de rappitudes ou « Prince »-itudes bien trempées, le tout se terminant par un hommage aux ancêtres du jazz : Cab Calloway, dont Bibi Tanga reprend le scat « Hi-De-Hi-De-Hi-De-Ho » sur « Groovyland ».
Amateurs de groove, R’n’b, pop et électro, vous vous régalerez de l’ambiance de Yellow Gauze et ses sonorités modernes ponctuées de riffs actuels pour un voyage coloré, dynamique, rythmé, duveteux et viril.
Encore des musiciens qui ont eu la chance de connaître l’aventure magmaïenne, et dont Magma peut être fier tant ils l’ont servi avec loyauté et talent.
Seffer et Cahen forment un duo inséparable depuis bientôt trente ans à travers de multiples formations plus ou moins heureuses. Ici, le septet se compose de cinq instruments à cordes et de percussions, plus les saxophones et le tarogato de Seffer. Autant dire que le déséquilibre instrumental est important et que Seffer en porte largement la responsabilité.
Si ryhtmiquement le septet est très au point (on note la présence de Mino Cinelu), il semble que la manière de composer de Seffer et Cahen soit dans une mouvance jazz, d’inspirations orientale, est-européenne et klezmer. Mais l’ensemble se rattache inévitablement à une certaine vague de groupes inspirés par Magma et sa musique répétitive, tendue et obsessionnelle (« Les Ennéades »). La musique ici tombe parfois dans le cliché. On se laisse pourtant attirer dans les griffes de Cahen et Seffer pour de multiples voyages et de petites surprises bien agréables, plus riches que leur source musicale.
La pianiste Ramona Borthwick replace ses compositions plutôt mainstream dans l’esprit moderne du jazz actuel d’outre-Atlantique. Elle superpose des couches musicales : voix, onomatopées, instruments sur des rythmiques à la fois latines et nord-américaines (« Garbarero », « Lotus Lake »), en y réussissant parfaitement.
Très colorée, avec ses inspirations culturelles indiennes, nord et sud-américaines (surtout des atmosphères brésiliennes), le dynamisme est ici principalement du au jeu vigoureux du très batteur Ziv Ravitz. On note les interventions souvent excellentes du trompettiste au style flottant et fluide Phil Grenadier et du guitariste Noel Borthwick.
Gérard Lesne (v), Bruno Angelini (p), Jean-Philippe Viret (cb) Ramon Lopez (dr)
Le quartet Gérard Lesne/Bruno Angelini/J.-Philippe Viret/Ramon Lopez propose ici un projet audacieux et ambitieux. Sur des compositions d’Angelini, hormis une de Viret, mises en texte par le contre-alto Gérard Lesne et inspirées de tableaux contemporains, il tente d’évoquer par touches colorées de la transposition entre les deux univers - musical et pictural. Le résultat est surprenant.
Si le piano d’Angelini, très expressif, introduit parfois aussi une dimension abstraite dans la mélodie, une autre forme de poésie - plutôt décalée - perce par la voix du chanteur lyrique.
Il y a, en fait, deux entités dans cette musique : celle du trio instrumental, d’un côté, et de l’autre et Gérard Lesne. Pour tout dire, le trio seul serait séduisant, ne serait-ce que par la sérénité qui s’en dégage. Mais même si on perçoit bien, çà et là, des passerelles entre les deux contrées, et que l’on peut très bien les emprunter, les uns ne parviennent pas vraiment à atteindre l’autre [1]
Loin d’être une tentative de rencontre manquée, il s’agit plutôt ici de deux mondes qui se confrontent et essaient de se confondre.