Les premières notes de l’album, jouées au piano, en contiennent tout le suc : rondeur, finesse, grâce. Le trio bien connu d’Enrico Pieranunzi (piano), Marc Johnson (contrebasse) et Joey Baron (batterie) s’illustre avec élégance sur un double disque paru en 2007 qui a sans aucun doute fait le régal du public de Tokyo et Yokohama. Le toucher d’Enrico Pieranunzi, qui s’est distingué l’année dernière par une magnifique relecture des sonates de Scarlatti, est comme toujours aérien, souple et solide, l’osmose entre les trois musiciens admirable. Quatre des quatorze morceaux (dont une majorité de ballades) sont d’Ennio Morricone, les autres sont des compositions personnelles de l’un ou des trois complices. Au total, deux heures de musique mélodique et profonde, soudée par une entente qui dure depuis plus de vingt ans (le premier enregistrement de ce trio date de 1984).
Le quartet Saïgon est à double direction, celles de Lourau et de Coq. Ils se partagent les compositions et on sent à chaque instant l’influence musicale du pianiste. Le jeu de Lourau est toujours aussi tranchant et précis, avec ce qu’il faut de lyrisme. Néanmoins ce disque pêche par trop d’introspection, d’élitisme. Tout se déroule « entre eux » et l’auditeur n’est pas invité. Dommage pour ce retour aux sources du quartet de la part du saxophoniste qui, pourtant, sait si bien partager en d’autres circonstances.
C’est tout naturellement que sort aujourd’hui une rétrospective du trio E.S.T., The Very Best Of E.S.T., un an après la mort de son pianiste et leader Esbjörn Svensson dans un accident de plongée.
Accompagnée d’un livret signé par ses anciens acolytes Dan Berglund (basse) et Magnus Öström (batterie), et qui retrace l’histoire du groupe disque par disque, elle n’évite qu’en partie les pièges inhérents à ce genre d’exercice.
En effet, idéale pour qui voudrait découvrir un groupe trop tôt défunt, cette compilation va forcément décevoir les fans de la première heure : elle ne comprend aucun morceau antérieur à 1998 From Gagarin’s Point Of View ; les reprises de Monk (Esbjörn Svensson Trio Plays Monk) sont donc omises [1]. En outre le choix de ces treize morceaux peut paraître arbitraire : un certain nombre de tubes sont absents (« Definition of a Dog » ou « The Rube Thing ») ; mais c’est aussi l’occasion de (re)découvrir des pièces moins connues (« Believe, Beleft, Below »).
Un seul morceau est issu de Leucocyte. On ne peut que ressentir le tournant musical que marque l’album posthume, et cette plage révèle une maturité nouvelle dans l’expérimentation : née d’une improvisation libre, elle est nettement plus audacieuse et apporte un côté free bruitiste inédit. Le contraste ne rend que plus amère la disparition d’un musicien promis à un avenir aussi prometteur, et celle d’un groupe qui avait su conquérir un large public. Souhaitons à Dan Berglund et Magnus Öström de poursuivre avec succès leur aventure musicale.
Après un premier album, Unicity, le trio formé par Edward Simon, John Patitucci et Brian Blade a sorti en juin 2009 Poesia : cinq compositions du pianiste, deux du bassiste, plus le « Giant Steps » de Coltrane. Les pastels oniriques de la pochette en reflètent bien le contenu : une musique calme sans jamais tomber dans la mollesse grâce à une excellente rythmique (celle du quartet de Wayne Shorter). Le piano est agile, gracile ; les trois complices se passent tout à tour la parole, le dialogue entre les voix est évident. Patitucci utilise - tout naturellement - une basse électrique sur « One For J.P. », un morceau un peu fusion qui tranche sur l’harmonie générale et dont on se serait passé. L’ensemble est encadré par deux prises du même « My Love For You », belle balade poétique, propre aux rêveries et aux douceurs, à écouter dans la quiétude du soir.