Citizen
Édition du 8 février 2012 // Citizenjazz.com / ISSN 2102-5487
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Eric Harding

Eric Harding (piano), Frank Lozano (saxophones ténor et soprano), Ron Séguin (basse), Michel Lambert (batterie)

Pilier du Bernard Primeau Jazz Ensemble (l’équivalent local des Jazz Messengers de Blakey) où il s’illustre depuis déjà des années, Eric Harding est assurément l’un des pianistes les plus en vue du jazz québécois d’aujourd’hui. Son toucher léger et ses tendances méditatives qui n’excluent cependant pas un swing assuré, le classent à l’instar de bon nombre de ses contemporains dans la lignée du Bill Evans des années 60-70, ce que confirme dès les premières mesures sa composition « Ched’s Waltz », première plage de l’album. Pour ce premier CD sous son nom, Harding s’est entouré de vieux compagnons d’armes avec qui l’entente est manifestement parfaite. Au programme : une douzaine de plages, la plupart des compositions de l’un ou l’autre membre du combo, un standard signé par le prolifique auteur du thème de The Pink Panther Henry Mancini (« Days of Wine of Roses ») et une pièce due à la plume de ce grand pianiste mésestimé qu’est Larry Willis (« To Wisdom The Prize »).
Tant sur les ballades que sur les morceaux plus rythmés, les musiciens du quartette livrent ici des performances inspirées et inspirantes. Outre le jeu impeccable du pianiste et leader, tout en nuances et en finesses, il faut souligner l’apport de tout premier plan de l’omniprésent Frank Lozano, qui s’affiche de plus en plus comme une valeur sûre parmi les saxophonistes montréalais. D’ailleurs, ses pairs ne s’y trompent guère puisque nombreux sont-ils à solliciter sa collaboration pour des projets divers. Lui aussi diplômé de l’« académie Primeau », cet ancien élève de Pat Barbera semble avoir joué avec tout le monde en ville : Yves Léveillée, Ron Séguin, le groupe Avalon, le big band Altsys Orchestra et j’en passe. Ses influences sont certes évidentes (au ténor, la décontraction d’un Lester Young ou d’un Stan Getz alliée à une propension toute coltranienne à la débâcle sonore ; au soprano, un soupçon de Wayne Shorter), mais celles-ci sont pleinement assumées, et même soulignées à l’occasion par des clins d’œil enjoués. À n’en pas douter, Lozano a dépassé le stade de l’imitation servile de ses mentors. Cela étant dit, je m’en voudrais de donner l’impression de sous-estimer les contributions essentielles du bassiste vétéran Ron Séguin et du batteur Michel Lambert, qui assurent à l’ensemble une belle cohésion et un dynamisme rythmique nécessaire à l’ambiance post-bop du fort agréable baptême de feu de la formation.

par Stanley Péan // Publié le 15 juillet 2001
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