Mon label c’est Madeleine Compact : un seul disque est sorti, enregistré live au Batofar avec mon groupe 3D-Jazz et Wayne Dockery. Le titre du disque c’est Les épîtres selon synthétique. J’imagine que c’est ma Madeleine. Le disque avait été distribué gratuitement par le magazine Octopus avec une sérigraphie : interdit à la vente, valeur d’usage : 100%, valeur d’échange : 0%.
Question difficile. Les grands musiciens que j’ai eu la chance d’écouter m’ont donné envie d’aller aussi loin qu’eux dans l’absolue perfection de l’émotion. Par ailleurs, le bonheur c’est de faire des concerts tout le temps.
Chaque fois que j’ai vraiment bien joué.
C’est de toujours chercher un truc émotionnel complètement exalté tout en conceptualisant la chose.
Je ferais plus simple et encore plus émotif.
Avant, c’était juste avant de jouer : j’avais souvent un trac pas possible. Maintenant, c’est après : je me demande si c’était vraiment bon ou si c’était pénible à écouter.
Je continue à étudier sans me lasser d’apprendre.
Ne pas avoir joué dans les grands orchestres américains des années 30 - Ellington, Basie, etc. Autant dire que j’étais pas né. Je regrette aussi de ne pas avoir joué dans la section de cuivres d’un groupe de funk ou de rythm & blues. Retenir au vol BB King quand il feignait la syncope et qu’il se laissait tomber en arrière de la scène en pleurant presque.
Tout le temps ; et surtout d’avoir des concerts tout le temps.
La modestie et la générosité. L’envie d’aller à fond jusqu’aux toutes dernières limites de ses possibilités personnelles.
La maladresse involontaire dans le feu de l’action, les couacs, les plantes et pannes diverses.
Je me fâche avec le saxo soprano et je joue de l’alto pendant des années, et puis quand ça ne va pas je prends ma clarinette basse ou très rarement ma cornemuse.
Celles qui me font oublier mes amours perdues.
Steve Lacy en tête mais la liste est longue : Charlie, William et Evan Parker, Ornette Coleman, Miles Davis, Eric Dolphy, Marvin Gaye, Billie Holiday, Sarah Vaughan, Derek Bailey, Fred Van Hove, Jimmy Hendrix, Captain Beefheart, Louis Jordan, John Coltrane, James Brown, Arnold Schoenberg, Mauricio Kagel, Maria Tanase, Romica Puceanu, Thelonious Monk, Terry Riley, Prince, Sun Ra, Léo Ferré, Nam June Paik, John Cage, Ravi Shankar, Muddy Waters, Elvin Jones, Kenny Clarke, BB King, Duke Ellington, Dimitri Chostakovitch, Curtis Mayfield, Georges Clinton, Iggy Pop, Charles Mingus... bon j’arrête là : il y a eu tellement de musiciens géniaux au XXè siècle !

- Étienne Brunet © Marie-José Pillet
Ça change souvent. En ce moment c’est I Want You de Marvin Gaye, Monk solo, Paul Desmond with String, James Brown avec l’orchestre de Louie Bellson dirigé par Oliver Nelson, les Valses de Chopin par Dinu Lipatti, Avenue B d’Iggy Pop
Aucune, j’suis le genre à écouter le bruit des tuyaux.
La prochaine que je vais jouer, celle-là, celle de tout de suite et de maintenant.
Les blaireaux et faux-culs, mais en fait, dès que l’activité est digne du mot « musique », je suis très tolérant. Mes agacements changent avec les jours de la semaine.
George Grosz en dessin, Picasso et Pollock, en dehors des artistes conceptuels et sans parler des siècles lointains.
Je croyais que c’étaient les Marx Brothers mais ça me fait moins rire, je croyais que c’était les films de Guy Debord mais je les trouve trop prétentieux, j’aime bien le ciné mais je n’ai pas de films culte. D’ailleurs je n’ai pas de culte.
Raymond Queneau, Thomas Pynchon, Alexandre Zinoviev, William Burroughs, Philip K. Dick.
Le vin.
Du poisson pendant la semaine et du gras le vendredi. C’est pas la pénitence : avec les années je préfère une cuisine légère. C’est comme en musique : le goût change avec le temps. J’adore la cuisine bien faite, soignée et pas bâclée.
La lecture, la branlette, la paranoïa, le désespoir et le découragement.
La mémoire.
« Lume Lume » de Maria Tanase.
J’ai l’impression de maîtriser un peu mieux les contradictions de mes choix musicaux. Compositions et improvisations moins embrouillées. J’ai l’impression de jouer mieux du saxophone et de la clarinette, d’être plus en place et plus décontracté.
En musique, il faut se méfier autant de l’ordre que du désordre.
