FRANTX

IDUTYDU

Andrea Giordano (voc, elec), Fanny Méteier (tu, elec), Pierre Pradier (g, elec), Marco Luparia (d, elec)

Label / Distribution : Carton

En musique comme en toute chose, être radical et en rupture est quelque chose d’assez binaire. On n’est pas à moitié radical, n’en déplaise à de nombreux publicitaires et politiques [1], et cette radicalité ne s’acquiert pas à force de postures et d’étiquettes mais dans la capacité à faire fi de tout cela pour se lancer dans la seule chose à faire. La liberté totale. Et rigolarde, s’il le faut, parce que ça fait du bien. Si l’on dit d’un groupe qu’il est animé par la tubiste Fanny Méteier, plongée jusqu’au cou dans l’électronique, ou par la chanteuse et compositrice Andrea Giordano, dont on connaît le travail sur les langues régionales piémontaises et la proximité avec la musique contemporaine, on sait qu’on est sur la bonne voie. « Orgasmic Kitchen », ses instruments jouets et son électronique contondante, sa batterie assumée par Marco Luparia qui reluque parfois vers des rythmiques Trap et son bazar assumé partout alentour, en est une confirmation.

FRANTX est un groupe sans étiquette. Il en a mille : glit-noise, emo jazz, experimental. Elles se valent toutes, elles ont toutes leur réalité. Il faut bien nourrir les algorithmes de BandCamp. Queer Punk surtout, la dernière, est le liant de tout cela. Elle trouve toutes ses couleurs et son étrangeté salvatrice dans le beau « Barbiecue » où le guitariste Pierre Pradier propose des nappes follement psychotropes sous le babil de Giordano. D’étiquette, il n’en n’a qu’une en réalité, et c’est l’orchestre lui-même qui se l’est trouvé : « Quelque part entre Hello Kitty et Anthony Braxton ». Quelque part entre la pétulance pop joyeuse et colorée et la rigueur technique de l’imagination. Braxton lui-même n’y trouverait rien à redire.

Comme il faut plusieurs fées autour de ce genre de berceau, FRANTX fait paraître IDUTYDU sur le label Carton et son compère Standard In-Fi qui témoignent depuis vingt ans de ces scènes fascinantes aux confins du rock, de la pop et des musiques contemporaines et improvisées. À bien des égards, le quartet franco-italien en représente la quintessence dans cette manière de prendre tous les risques bruitistes et de les assumer. On est impressionné par la droiture d’une musicienne comme Fanny Méteier qui fait des étincelles sur « Liquify » — une digression zappaïenne période Lumpy Gravy, nonobstant le perfectionnement des machines. Un manifeste d’indépendance


Notes

[1] Il arrive que ce soient les mêmes.