Gérard Nguyen : une passion s’en est allée

Le temps a filé à la vitesse de l’éclair. Voici en effet 16 ans que Gérard Nguyen nous avait accordé une passionnante interview à l’occasion de la sortie du livre ATEM 1975-1979, une sélection d’articles et d’interviews, publié aux Éditions du Camion Blanc. Celui qui était devenu par la suite le manager du groupe Kas Product avait mille histoires à raconter, depuis ses années d’adolescence et la découverte, à Nancy, de Jimi Hendrix alors en première partie d’un certain Johnny Hallyday avant celle, trois ans plus tard, du groupe Soft Machine, jusqu’aux années actives qui l’avaient vu prendre une place singulière dans le paysage musical, notamment grâce au magazine ATEM et au label homonyme puis à un autre label, Les Disques du Soleil et de l’Acier (en référence à un livre de Mishima). Grâce à lui, on avait pu découvrir plus tard Pascal Comelade, Ulan Bator ou encore Vortex. L’annonce de son décès a été ressentie comme un véritable choc, non seulement du côté de Nancy où il vivait, mais dans toute la sphère des musiques alternatives.

Gérard Nguyen © Denis Desassis

« C’était quelqu’un d’important dans le milieu », souligne Claude-Jean Antoine, l’un des fondateurs de Nancy Jazz Pulsations. Surtout, il est bien difficile d’évoquer Gérard Nguyen sans penser aux heures enfiévrées de la deuxième moitié des années 70 lorsque, disquaire à Nancy, il communiquait sa passion fiévreuse de la musique sous toutes ses formes. Avec lui, on pouvait parler de Neil Young (dont il a continué jusqu’au bout à acheter les disques vinyles), de Gérard Manset aussi bien que de Magma, des Allemands de Can, de l’École de Canterbury ou encore d’Art Zoyd (dont il produira trois disques sur son label ATEM) et de Ryusuke Hamaguchi, venu de ce lointain Japon qui le fascinait. Cigarette au bec, il posait le disque sur une platine et savourait son plaisir, paupières à demi-fermées, sans autre intention que de nous le communiquer. C’était un moment particulier, qui vous poussait à fréquenter son magasin le plus souvent possible et renouveler l’expérience. Il faut avoir vécu de tels moments pour en comprendre l’intensité.
L’aventure commençait et notre homme allait s’avérer un découvreur de talents avisé doublé d’un passeur sans égal, tout en restant l’homme discret à l’humour fin qu’il savait être lorsque vous aviez la chance de le côtoyer. Ce qui fut mon cas, jusqu’à une ultime rencontre à la fin de l’année 2023 où nous n’avions pas résisté à la tentation d’une évocation de nos vieux souvenirs. Gérard était affaibli mais son regard pétillait comme aux premiers jours.

Gérard Nguyen « a eu la vie qu’il souhaitait », confie sa fille Virginie. Grâce à lui, nous sommes nombreux à en avoir connu une dont il a indéniablement infléchi le cours en la nourrissant de musiques que, peut-être, nous n’aurions pas soupçonnées sans son intercession. Il nous manque cruellement depuis le 2 août 2026.

On pourra lire et relire l’interview de 2010 ici.