Citizen
Édition du 22 mai 2013 // Citizenjazz.com / ISSN 2102-5487
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musiK / Re-Arranging the 20th Century

Gilad Atzmon & The Orient House Ensemble

Gilad Atzmon (saxes, cl, tb, sol, flûte shabbaabeh, piccolo), Frank Harrison (p), Yaron Stavi (b), Asaf Sirkis (dms), Romano Viazzani (acc), Dumitru Ovidiu Fratila (vl, trompette-violon), Robert Wyatt (tp, voc), Guillermo Rozenthuler (voc), Matthaios Tsahourides (bouzouki, lyre pontique), Tali Atzmon (voc)

Après l’excellent Exile paru en 2003, Gilad Atzmon poursuit la route
de l’engagement en compagnie de son Orient House Ensemble et d’un invité de marque : Robert Wyatt (Atzmon ayant lui-même participé à l’album de Wyatt Cuckooland).

musiK, comme le laisse entendre son sous-titre Re-Arranging the 20th Century, propose une relecture ambitieuse d’une facette de la musique du siècle dernier. Tel le chariot ailé de l’âme cher à Platon, Atzmon est à la recherche de la beauté originelle de la musique avant que cette dernière ne devienne un quelconque produit de consommation courante. Comme le dit Atzmon, « musiK is music when it is stripped of its market value » [1]. Et il l’illustre sans concession dans le morceau « Liberating the American People », qui flirte avec l’esprit du free jazz.

Pour satisfaire cette quête, on retrouve une conception de l’arrangement et de
l’interprétation typique de l’Orient House Ensemble : comme dans Exile, le mélange des styles musicaux est fréquent et pertinent, alliant le tango (« Tutu Tango ») et l’ambiance cabaret de morceaux européens tels que « Mack The Knife » ou « Beer Barrel Polka », sans oublier les influences grecques ou turques des différents membres du groupe, ni les superbes ornementations du Moyen Orient. De ce point de vue, l’éternel « Lili Marleen » est à lui seul un sommet, qui atteint la grâce dès l’introduction à la clarinette basse.

Mais au-delà de cette diversité de styles, musiK se distingue de l’album précédent par une grande palette émotionnelle : ici, à l’image de la vie, la gravité se mêle à l’ironie et à l’humour, comme dans le texte iconoclaste récité par Wyatt en ouverture de « Re-Arranging the 20th Century », ou encore lors de multiples et inattendues ruptures de rythme ou de mélodie.

musiK est un album d’une rare densité, et à vouloir embrasser un objectif aussi ambitieux, Atzmon semble parfois avoir du mal à choisir la voie à suivre, rendant ponctuellement le disque trop hétérogène pour atteindre à l’unité d’une oeuvre. Néanmoins, il redonne au jazz ce qui lui fait souvent défaut depuis des années : un propos, un engagement.

[1« La musik, c’est la musique dépouillée de sa valeur marchande »

par Arnaud Stefani // Publié le 26 septembre 2005