La musique du guitariste bésilien Guinga se situe au croisement d’influences aussi diverses que Gershwin, Ravel, Cole Porter ou Puccini, le tout servi sous forme de mélange carioca (samba, choro et baiao) auquel s’ajoute une pointe d’Antonio Carlos Jobim. Exquise, cette musique poétique et reposante s’agrémente d’une touche d’humour dans les thèmes rapides (« Di menor » et « Côco do côco »), où excellent les clarinettistes Paulo Sergio Santos et Gabriele Mirabassi.
Belle découverte pour oreilles exigeantes, Circum s’inspire des expériences du saxophoniste Vincent Mascart autour des musiques du Maghreb et des Balkans, et de ses rencontres avec Karim Ziad, Bojan Z ou Nguyen Lê. L’instrumentation décalée et l’alternance des formules (du trio au sextet) permettent ici une veste palette de timbres. La plume délicate et souvent lyrique de Mascart, qui signe la majorité des titres, s’adjoint l’expertise du pianiste Jean-Christophe Cholet sur trois thèmes, pour développer un « folklore imaginaire » inédit, un univers poétique (très présent sur le mélancolique « Plaisir des yeux »). La réunion du tambourin polytimbral de Carlo Rizzo, très nuancé (« Facétie ») et du phrasé rond et onctueux du tuba (Jon Sass), nourrit la rythmique. Au carrefour de ces cultures, l’acrobatique chanteur basque Beñat Achiary sur « Soft Story » et ce « Facétie », décidéement magique tandis que a trompette planante de Geoffroy Tamisier trouve sa plus belle expression sur « Circum Dance ». L’ensemble forme une espèce de conte qui va à l’essentiel : il s’agit en effet de plonger l’auditeur dans un univers d’émotion enrichi par l’alternance des rythmes et la passion des interprètes. Un premier disque très réussi.
Yannick Rieu est aussi connu outre-Atlantique qu’en France, où il a notamment beaucoup fréquenté les clubs parisiens. (On se souvient par exemple de ses collaborations avec les différentes formations de Simon Goubert). Il aime également citer ses rencontres avec Paul Bley, Horace Parlan et Bill Carrothers. D’ailleurs, cet album a été enregistré aux « 7 Lézards » en décembre 2006 et le saxophoniste dit s’être inspiré, pour ce huitième disque, de l’ambiance intime que reflétait cette cave disparue, mais aussi du quartier du Marais où elle était située (rue des Rosiers), sorte de village dans la ville.
Emmené par une rythmique française de pointe - Philippe Soirat à la batterie et Nicolas Rageau à la contrebasse, Saint-Gervais permet à Rieu d’exprimer son admiration envers les grands saxophonistes de ces 60 dernières années : on entend en effet dans sa musique des références prestigieuses : Charlie Parker, Lester Young, Coltrane, Wayne Shorter, Steve Lacy. Belle façon de s’immerger dans la culture du saxophone jazz.
Les compositions de Jimi Hendrix sont gravées dans la mémoire de nombreux musiciens. Au tour du pianiste Francis Lockwood de s’immerger dans ce répertoire éminemment créatif avec ces morceaux mémorables et universels que sont « Third Stone From the Sun », « The Wind Cries Mary », « Gipsy Eyes », « Burning Of The Midnight Lamp » ou « Little Wing ». Il complète le tout par des compositions personnelles. Pour se remémorer l’univers de ce musicien génial, sous un angle très jazzy.
Le Moscow Art Trio est une des formations actuelles les plus excitantes. Il décloisonne avec aisance les frontières entre jazz, classique et traditionnels de l’Est ou de l’Ouest. Le pianiste Misha Alperin en est le compositeur mais aussi la force motrice. Le corniste Arkady Shilkloper, ex membre de l’Orchestre Philharmonique de Moscou, sait parfaitement combiner différents langages musicaux, et le chanteur traditionnel Sergey Starostin, auteur des paroles eu égard à son intérêt pour les contes, joue aussi de la clarinette.
Il aura fallu près de vingt ans pour que ce trio mondialement reconnu rencontre le fameux The Norwegian Chamber Orchestra. Village Variations, une création qui allie avec finesse tradition et modernité sur une orchestration admirable, est suite en six mouvements très illustrative qui renferme un trésor d’émotions.
Zoot aurait-il à voir avec un zoo ? En tout cas, tous les morceaux portent des noms d’animaux : « Tortue », « Papillon », « Palourde » (qui introduit le disque sur une touche assez groove). Ce quintet audacieux réunit cinq jeunes musiciens de la région Centre (Orléans, Tours) dont les collaborations vont au-delà que de simples fréquentations régionales. Le saxophoniste Ronan Mazé, seul soufflant de l’orchestre, est l’auteur de tous les thèmes. Les autres instruments apportent une touche électrique avec le soutien intense du bassiste Stéphane Decolly et les accompagnements de Baptiste Dubreuil au Fender Rhodes. L’ensemble revêt les couleurs et textures du jazz fusion, sans être du jazz rock pour autant. La musique, drôle, évoque un dessin animé, avec des influences allant de Zappa à Django Bates - en passant par Steps Ahead, le vibraphoniste Benoît Lavollée tenant le rôle de Mike Mainieri. À découvrir sutrtout pour les passages improvisés.
Certes, Duchamp a mis des moustaches à la Joconde. Mais tout de même, on ne devrait pas toucher aux œuvres culte. Barbouiller « All Blues » de crème au beurre, c’est plus qu’indigeste. Rien de l’épure et de la tension de l’original, avec son ostinato digne du Bolero de Ravel, ne se retrouve dans les textures riches à l’excès de la version qu’en donne un orchestre de dix musiciens de haute volée réunis par Vince Mendoza pour jouer ses arrangements. Il y a certes là du luxe et du calme, mais pour la volupté, on repassera, tout comme on passera sous silence la récidive, trois plages plus loin avec « Blues For Pablo », tout en ayant bien compris que blues et bleu se voulaient le fil de cet album.
Nombre de jazzfans auront donc abandonné en route ce disque. Il est de notre devoir de les informer qu’ils pourraient avoir eu tort. Ce disque en effet, aurait aussi bien pu se réduire à la suite en six mouvements qui le clôt. Enregistrée en public, cette suite aux premiers mouvements éthérés, à base d’arrangements raffinés, propose un bouquet final qui donne aux instrumentistes de haut niveau (Markus Stockhausen, Peter Erskine, N’guyên Lê, Steffen Schorn entre autres), l’occasion de lâcher la bride et de quitter ce disque au démarrage catastrophique, sur une touche beaucoup plus “jazz”.
Captation d’un (ou plusieurs ? La pochette est muette sur les dates) concert(s) donné(s) à l’occasion de la résidence de Zim Ngqawana à l’Université du Tennessee en 2003 dans le cadre d’un semestre universitaire entièrement consacré à l’Afrique. Les autres membres du groupe sont tous professeurs au département Jazz de l’Université ; parmi eux « Silk » Donald Brown, ancien membre des Jazz Messengers, pianiste au jeu riche de nuances et marqué par le blues. Certaines compositions de Zim, « Silkizim » ou « Donald’s Offering », témoignent de la rencontre.
Les fans du saxophoniste sud-africain retrouveront là son engagement musical à la limite du mysticisme, proche de la spiritualité coltranienne. Plus dans son élément lorsqu’il entonne des hymnes comme « San Song » que dans le seul classique du double album, « In a Sentimental Mood », Zim surprend à la flûte avec un vibrato parfois envahissant mais d’intéressantes teintes pastel. Souvenir d’un bon – à défaut d’être grand - concert, d’une indéniable générosité et sans faux-semblant.
Zim Ngqawana (sax, fl)
Donald Brown (p)
Mark Boling (g)
Keith Brown (d)
Rusty Holloway (cb)
Ce trio surprend d’abord agréablement par ses « effets », ses rythmes dansants, son énergie... avant de passer à des tonalités plus mélancoliques et plus sinueuses. Malheureusement, les effets ne prennent plus dès le deuxième morceau et la présence trop intrusive du saxophone agace. Cependant, la juxtaposition des différentes ambiances, l’une joueuse et rieuse, l’autre orientalisante et serpentine, et parfois leur imbrication, sollicite l’attention et renouvelle l’intérêt d’un disque dont on regrette le zèle.
Le quartet suisse Squeezeband réunit le leader Reto Weber à la batterie et aux percussions (dont le steel drum), Nino G (une sorte de scatman très extraverti) à la boîte à rythme vocale, encore appelée beat box, Roman Nowka à la guitare et Samuel Kühni à la contrebasse.
Il mêle musiques électroniques (« Loin de Cœur »), rock (« Do You Like Pastrami ? ») et de jazz (« S’Wahnsinn », hommage à Albert Mangelsdorff, ou « Rire allemand »). Quelques touches techno sur « Traffic », tandis que le son du steel-drum sur « A Wide Point » évoque le continent asiatique. « Monsieur Bibendum » fait penser aux jeux vocaux impressionnants de Médéric Collignon - bruitages de bouches en tous genres et rires endiablés. On voit donc que Squeezeband élimine les frontières. Cet album malheureusement très court (trente-cinq minutes pour éveiller nos tympans) est plutôt un laboratoire de créativité avec pour ligne directrice la rencontre des styles. L’instrumentation inédite et la réussite, joviale.