Citizen
Edition du 24 avril 2014 // Citizenjazz.com / ISSN 2102-5487
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Cinéma Hildegard

Hildegard Lernt Fliegen

Andreas Schaerer (voc, comp, dir, Human Beat Box), Matthias Wenger (as, ss), Benedikt Reising (bs, as, bcl), Andreas tschopp (tb, tu, sousaphone), Marco Müller (b), Christoph Steiner (dms, glockenspiel, Machine à écrire)

Entre ambiance de cabaret baroque et envolées lyriques, la musique du sextet Hildegard Lernt Fliegen [1] navigue depuis huit ans de salles de théâtres intimes en tavernes chaleureuses au cœur de l’Europe. Réuni autour du charismatique chanteur Andreas Schaerer, les musiciens mélangent avec beaucoup de malice l’énergie de Frank Zappa et l’exubérance de Kurt Weil avec des allures de fanfare immobile. « Suite For Murderer & Drinkers », enregistré lors d’une tournée moscovite, en est le parfait exemple. Dans le cliquetis des verres et les éclats de voix, le saxophone baryton de Benedikt Reising ouvre la voie aux contes foutraques de Schaerer, entre détours de scats et explosions de cuivres.

En quelques mesures, ce chanteur-caméléon parvient à capter notre intérêt et nous faire pénétrer dans l’univers d’Hildegard. Un univers bigarré, créé et habité par lui et qui ne ressemble à aucun autre. Sa voix élastique semble se moquer des octaves autant que des styles ; Schaerer peut passer dans la même phrase de l’aigu le plus troublant aux clins d’œil de crooner pour s’aventurer dans un beat boxing d’anthologie quelques mesures plus loin, sans pour autant tomber dans le cabotinage. La dimension théâtrale de Hildegard Lernt Fliegen permet toutes les audaces. Ainsi, dans « Von Fermen Kern Der Sache », il improvise une histoire dans sa langue nébuleuse, qui a le double avantage d’être très tonique et de n’être pas comprise hors de la Confédération. Dans ce dédale, il capte toute l’attention avant d’être rejoint par ses comparses dans une valse de guingois. Partout l’astucieuse base rythmique composée du contrebassiste Marco Müller et du batteur-dactylographe Christoph Steiner montre sa solidité, véritable garantie de l’inventivité d’Hildegard.

Pour Cinema Hildegard, son troisième album, le groupe a choisi un objet plantureux qui sied bien à sa musique. Abondance d’expression ne nuisant résolument pas, on retrouve en plus du live et d’un univers graphique personnel un luxueux documentaire en forme de road-movie. De Berlin à Moscou, en passant par les transports en commun de Prague, il permet de capter l’énergie de musiciens soudés et talentueux. Réalisé par Michelle Brun, Tales Wander ne raconte pas seulement l’histoire d’une belle tournée. Il met aussi en lumière le charme d’une jeune formation qui ne s’interdit aucune direction. Hildegard atterrira en France (le 28 mars 2012 à 20h au Centre Culturel suisse de Paris, à l’occasion de la sortie de l’album) en ce début de printemps ; souhaitons que, comme tous les oiseaux migrateurs, il vienne souvent chanter par ici aux beaux jours...

[1Littéralement : « Hildegard apprend à voler » - on lira toute l’histoire sur leur site - en allemand.

par Franpi Barriaux // Publié le 27 mars 2012
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