Intercommunal Free Dance Music Orchestra
Vol.1 & 2 - Concert à Prades-le-Lez
François Tusques (p), Michel Marre (eup), Joe Maka (ss), Ramadolf Winkler (tb), Guem (perc)
Label / Distribution : Souffle Continu

C’est certes un peu le désordre, mais ce n’est pas ça qui va désarçonner François Tusques. Dans la série des ressorties de l’Intercommunal Free Dance Music Orchestra (IFDMO) par nos amis du Souffle Continu, il faut remarquer que le Volume 4 est paru avant ce Concert à Prades-le-Lez qui constitue les volumes 1 et 2 de cette aventure du free jazz dans l’Hexagone. Prades-le-Lez est d’ailleurs, dans les années 70, un bastion autogéré de la vie de ces musiques, et ce disque en témoigne également ; « Un peuple qui en opprime un autre ne peut pas être un peuple libre », avec cette lente déambulation du piano sur la tournerie de Michel Marre à l’euphonium et Jo Maka au saxophone soprano, l’illustre sans détour.
Enregistré au printemps 1971 et à l’hiver 1974, ce double concert est proposé en double CD ou, comme à l’époque de sa première sortie sur le label au tropisme révolutionnaire du Temps des Cerises où Tusques a beaucoup enregistré, en deux vinyles distincts. On ne sera pas étonné dès lors d’y trouver un « Chanson pour Pierre Overney », militant maoïste tué à Flins en 1972, porté en triomphe par le trombone de Ramadolf Winkler, le maillon le plus solide de l’orchestre de Tusques. Dans le premier concert de 1971, « Intercommunal Blues » avec Tusques au piano électrique montre la liesse et la chaleur qui accompagnaient ces concerts, souvent portés par des lignes de transe, ici par les congas de Guem.
En trois ans, entre le concert de 1971 et celui de 1974, le propos de Tusques et de ses camarades s’est affiné, même si l’on conserve la même puissance d’un jazz ouvert à tous vents et jouant avec les codes transfigurés du ragtime (« On n’est pas chez les colonels »). Si l’on n’est pas encore dans la réflexion autour des musiques traditionnelles que va mener Tusques avec Vers une musique bretonne nouvelle (le vol.3 !), on perçoit que le travail des musiciens africains sur ces concerts offre de nouvelles dimensions à cette approche cosmopolite, basée sur un échange et une écoute très ludique, de l’IFDMO. Une pièce d’histoire nécessaire.


