Entretien

Jacques Bisceglia (3)

Rencontre avec Jacques Bisceglia, autour du label BYG, du magazine Actuel, du festival Panafricain…

En reportage pour Citizen Jazz au festival Nevers D’Jazz en 2005, j’avais profité de la présence de Jacques Bisceglia pour le questionner sur sa participation à l’aventure du free jazz en France, son implication dans la première formule de la célèbre revue Actuel et dans la création du mythique label BYG. Précis et circonstanciés, porteurs d’une passion et d’un enthousiasme contagieux, ses propos constituent à la fois un témoignage historique précieux et un condensé de la ferveur militante qui animait, bien au-delà de l’objet de notre conversation, ce personnage essentiel de la communauté jazz française.

- Comment t’es-tu retrouvé embarqué dans l’aventure du premier Actuel ?

À l’époque où Claude Delcloo a eu l’idée, j’étais le gérant d’une discothèque, le Storyville, rue de la Huchette, juste en face du Chat qui Pêche, à Saint-Germain, où venaient essentiellement des musiciens, français et étrangers. Claude venait aussi, et un jour il m’a dit, « C’est chiant, on ne trouve pas ce qu’on veut dans les canards, ils ne parlent pas de ce qu’on aime… Qu’est-ce que tu en penses ? ». C’était juste après mai 68, pendant l’été ou l’automne. Il m’a dit qu’il avait envie de faire un canard qui traiterait du jazz qu’on aimait, et aussi plus largement du rock, du théâtre, du cinéma, bref de tout ce qu’il y avait dans cette mouvance underground, avant-gardiste. Je lui ai dit « Bonne idée ! » Et il a démarré le canard. On a fait sept numéros, chacun chez un imprimeur différent, et si je me rappelle bien aucun n’a été payé ! On tirait à mille ou deux mille exemplaires selon les cas, et on vendait à la sortie des concerts et au Storyville - tout le stock était dans les toilettes !

- Vous faisiez aussi des concerts, au Storyville ?

Non, c’était un bar-discothèque. On ne passait que des disques. Mais c’était un lieu où se retrouvaient les musiciens. Déjà, on était en face du Chat qui Pêche, et puis on ouvrait à 20h et on fermait à 4, 5, 6h du matin. Quand je dis « tous les musiciens »… tous ceux qui étaient sur Paris passaient là. Le noyau dur, à l’époque, c’était Tony Scott, Hank Mobley, Philly Joe Jones, des Français aussi bien sûr… Certains soirs, il y avait cinquante personnes dans la salle, dont quarante-neuf musiciens ! On voit le Storyville, reconstitué, dans une séquence de Round Midnight, le film de Tavernier. Il l’a reconstitué exactement, il a dû se baser sur des photos…

- De la photo, tu en faisais déjà, à l’époque ?

J’ai commencé à l’armée. Grâce à Marc Garanger, un grand reporter qui s’est illustré en recevant le prix Niépce avec ses photos de femmes algériennes ; moi, j’avais fait l’Algérie, en 1960-61. Il a été libéré avant moi, il était déjà photographe avant l’armée, et donc c’est lui qui m’a appris la photo. Après, j’ai acheté un appareil, j’ai continué… J’en avais fait avant, comme tout le monde, des photos-souvenirs, mais j’ai commencé sérieusement à partir de 1964.

- Tu partageais la frustration de Claude Delcloo par rapport à la presse jazz ?


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Oui. Jazz Magazine avait un peu effleuré le truc à l’époque, avec Carles et Comolli, et Jazz Hot en 1968 avec Le Bris etc, Constantin… Il y avait une mouvance autour de ça. Mais c’était frustrant. Et le point fort d’Actuel, c’est d’avoir fait, avant qu’ils arrivent en Europe, des papiers sur Alan Shorter, Dave Burrell, Robin KenyattaSteve McCall, qui était l’un des fondateurs de l’AACM en 1965, est arrivé à Paris en 1967, et c’est lui qui nous a parlé le premier de l’Art Ensemble. C’est pour ça qu’avec Claude, on les a invités en 1969, on a été les chercher à Cherbourg, sur un bateau. Tout ça, c’est Actuel, directement ou indirectement. Là-dessus, il y a eu la série de disques Actuel, qui a commencé d’ailleurs avant que l’Art Ensemble n’arrive. Claude avait rencontré Karakos, qui avait trouvé la revue marrante, et avait vu qu’il y avait un créneau, qui pouvait être rock, contemporain, jazz… Ce qui s’est concrétisé ensuite avec le festival d’Amougies et la collection Actuel des disques BYG, où il y avait à la fois du rock, du jazz et du contemporain. Mais il y avait vraiment un vide. Gérard Terronès n’avait pas encore lancé son label, Futura a commencé en 1970, mais il avait déjà ses clubs où il passait des tas de trucs intéressants. Il ne faut jamais oublier l’importance de Gérard.

- Outre Delcloo et toi, qui étaient les piliers d’Actuel ?

Ça dépendait des sujets traités. Denys Lémery pour la musique contemporaine, un mec qui est toujours à Nova qui s’occupait du théâtre, entre autres. Beaucoup de photographes : Thierry Trombert, Philippe Gras, Horace… Claude en faisait sous son nom et sous un pseudonyme aussi. Des fois, il mettait la signature de sa femme en-dessous, Monique Durant, qui devait être la directrice de la revue. Moi, j’ai fait des interviews… Et puis il y a tous ceux qui se sont greffés, plus tard, quand Karakos a racheté la revue, parce qu’ils ont compris que finalement, ce truc sur lequel ils crachaient avant… Quand ça a commencé à fonctionner, ils sont rentrés par la fenêtre, parce qu’ils n’avaient pas voulu prendre la porte !

- Vous avez réussi à sortir régulièrement des numéros pendant un certain temps

On n’avait pas une prétention mensuelle, seulement la prétention de sortir ! On avait une sorte de fausse régularité. On devait sortir un numéro tous les deux mois environ. Ce n’était pas de la tarte, de vendre mille ou deux mille exemplaires… Parce que dans cette mouvance, certes il y avait beaucoup de concerts à l’époque, de free entre autres mais pas uniquement, parfois des concerts gratuits ou pas chers, les gens n’avaient pas un rond ; je ne crois pas qu’on avait d’idée préconçue, mais ça s’est inscrit parfaitement dans son époque. Beaucoup plus que l’Actuel de Bizot, parce qu’il en a fait une revue… Je trouve que c’est la troisième formule qui était la plus intéressante, un genre de Paris Match underground. Il a su s’entourer fabuleusement, il y avait des gens extraordinaires, dont Patrick Rambaud qui a terminé prix Goncourt, mais c’était plus bidon… Il disaient aux gens que c’était bien de faire le voyage à Katmandou, mais alors qu’eux le faisaient par la route, lui [Bizot] prenait l’avion. C’est la nuance que je mettrais.
Sans vouloir tirer la couverture à nous, il y avait plus de trouvailles dans le fait de parler de l’Art Ensemble, qui avait fait deux disques introuvables en France, ou un papier sur Alan Shorter, que de sortir Robert Crumb, qui était publié aux Etats-Unis depuis 1967, ou d’expliquer aux gens comment se faire un pétard… C’est plus racoleur - ce qui explique d’ailleurs les tirages. Il y a moins de risque culturel, ça s’inscrit déjà dans un truc établi. Ce n’est pas du tout la même chose pour moi. La raison pour laquelle j’ai arrêté avec Actuel, c’est un truc que l’Actuel de Delcloo ne se serait jamais permis : quand Albert Ayler est mort, le titre qu’ils ont mis, c’était : « Encore un Black Panther assassiné par le FBI ». D’abord, c’est certainement faux : le FBI n’avait rien à avoir avec ça. Ayler, qui était une sorte de doux baba cool mystique, n’était pas le genre Black Panther. J’avais eu l’occasion de le croiser plusieurs fois et je peux en témoigner. Ce titre, c’était racoleur, ça faisait « presse people » avant l’heure. Et puis ils ont mis, sans me demander la permission, une photo de moi qui s’est retrouvée violette sur fond jaune, ce qui m’a beaucoup énervé. Tout ça n’était pas mon optique, d’autant que ça ne correspondait même pas à une réalité culturelle de leur part. Toujours est-il que c’est cet Actuel-là qui a été très populaire, mais ils n’ont fait que se mettre à table, une table qui était déjà dressée - pas par nous, mais par la presse américaine et par des tas d’autres gens, les Hollandais, les Anglais…

- Qu’as-tu apporté à Actuel en tant que journaliste ?

Quelques interviews. Je me souviens d’une de Paul Bley. Je le connaissais déjà, je l’avais vu en 1965 quand il était venu à Paris. J’ai fait l’entretien très consciencieusement, et arrivé à la fin de la première face de la cassette, j’ai eu l’intuition de vérifier si ça avait bien enregistré… Je m’étais planté. Alors on a tout recommencé ! Je n’ai pas laissé ça dans l’article évidemment, mais à chaque réponse, il me disait « Comme je te l’ai déjà dit tout à l’heure… » ! Après, j’ai fait des interviews de William Parker, Dave Burrell, Dewey Redman, une table ronde avec Arthur Jones, Frank Wright, Muhammad Ali et Bobby Few, Jimmy Lyons… J’en oublie peut-être un ou deux. En photo, il y a eu le voyage à New York, en janvier 1970. On était partis avec Claude pour écouter Sun Ra qui ne venait pas en France. Un type de Jazz Hot qui avait vécu à New York m’avait fait écouter les Saturn, j’avais trouvé ça super et je me disais, « Merde, pourquoi cet orchestre ne vient pas jouer en France ?! ». La première fois qu’ils sont venus, c’était un peu plus tard, à la Fondation Maeght, en août 1970. A New York, ils passaient tous les dimanches au Red Garter, un club downtown, et les lundis au Slugs, 3e Rue Est, quartier bobo aujourd’hui mais redoutable à l’époque, vraiment glauque… D’ailleurs, ça n’a pas de rapport direct, mais ils ont fermé au moment où Lee Morgan s’est fait buter.

- Tu as collaboré étroitement à la série BYG/Actuel de Karakos…

Je ne sais plus comment Delcloo a rencontré Karakos. Au départ, il vendait des disques de musette aux immigrés polonais dans le Nord de la France, dans sa camionnette. Là-dessus, il avait commencé un label qui s’appelait JOC, les initiales de son prénom, Jean, de celui de son beau-fils Olivier et de sa femme Christina. Ils avaient la licence des disques Everest, catalogue un peu bidon, mais américain, et ont sorti comme ça quelques disques, un de Big Bill Broonzy, un autre avec Eric Dolphy sur une face et Cannonball Adderley sur l’autre, celui où il y a « Music Matador » et « Jitterbug Waltz ». Quoi qu’il en soit, Claude l’a rencontré, et c’est là que Jean lui a suggéré de faire une collection de disques avec tous les musiciens américains qui commençaient à venir sur Paris. Certains étaient basés ici - Burton Greene, Jacques Coursil, Arthur Jones… Les Français, c’est-à-dire François Tusques, Jean-François Jenny-Clark, Beb Guérin, Aldo Romano, Jacques Thollot, Bernard Vitet… Et aussi Joachim Kühn, Sunny Murray, Alan Silva plus tard… Il y a eu un petit concert free qu’on a organisé au Centre Américain, avec entre autres le quintet d’Arthur Jones, avec Burton Greene, Coursil, Beb Guérin et Delcloo, le trio de Kühn avec Aldo et Thollot, les deux, et J-F à la basse. L’Art Ensemble, avec Lester [Bowie], Malachi [Favors] et Roscoe [Mitchell], augmentés par Braxton et Steve McCall. C’était fin mai ou début juin 1969. J’ai fait des photos à Cherbourg quand ils sont arrivés. Là-dessus, il y a eu le Festival Panafricain, à Alger. Claude était parti à Châteauvallon avec l’Art Ensemble, et donc moi, pour le Panafricain, j’avais carte blanche de la part de Karakos. A ce moment-là, Cliff Thornton habitait chez moi. On venait de me donner une télé, qu’on a allumée pour la première fois le jour où les mecs ont marché sur la lune ! J’ai dit à Cliff que je partais pour Alger avec le quintette d’Archie Shepp, avec Grachan [Moncur], Dave [Burrell], Alan [Silva] et Sunny Murray. Il m’a dit « Je viens avec toi ! », et il s’est greffé sur le groupe.

- Ce Festival Panafricain, c’était le premier et unique ? Quel était le contexte derrière ?

Il n’y en a eu qu’un. Il devait y en avoir un second deux ans plus tard, à Cuba, mais il n’a jamais eu lieu. Il y avait évidemment tout un contexte révolutionnaire. C’était l’époque du Biafra, des fronts de libération de l’Angola et du Mozambique. C’était l’époque de Boumédiène à Alger, des Black Panthers, Eldridge Cleaver, Stokely Carmichael et Miriam Makeba… Il y avait les Palestiniens, c’étaient les tout débuts du Fatah, donc j’ai certainement quelque part des photos d’Arafat, mais je ne savais pas qui c’était à l’époque.

- C’était un festival principalement musical ou politique ?

Il y avait de tout. Ce n’était pas que musical, il y avait une grosse partie consacrée au cinéma par exemple, avec des films de pays africains, plutôt engagés politiquement. Les pays étaient représentés dans leur folklore, avec des danseurs… Pour l’Algérie, plus d’une centaine de groupes folkloriques. Pour les Américains, Nina Simone avec une rythmique assez intéressante pour l’époque, Gene Perla et Don Alias, et donc l’orchestre de Shepp. Je pense qu’il y avait aussi Max Roach, mais je n’ai pas le souvenir de l’avoir vu. Il y avait des poètes, Ted Jones par exemple. Beaucoup de monde… C’était très politique, par rapport à ces pays qui étaient en train de se libérer. Pour nous ça s’inscrivait aussi dans la mouvance soixante-huitarde, politiquement et culturellement. William Klein, qui avait fait Polly Magoo, filmait là-bas. Il y avait aussi Radio France, [Dominique] Blanc-Francard et [Philippe] Constantin…

- Beaucoup de Français ont fait le déplacement ?

Très peu. Paul et Marjorie Alessandrini. Barney Wilen, qui était en train de traverser le Sahara pour aller au Zaïre, est remonté. De la presse, vraiment pas grand-monde. Des photographes, [Guy] Le Querrec, Horace, [Philippe] Gras et moi. C’est à peu près tout… Ah si, il y avait Siné, qui à la suite de ça est resté plusieurs années en Algérie. Il y a eu de belles rencontres, des trucs intéressants. Moi, ça me faisait un peu bizarre, parce que j’avais fait deux ans de service militaire en Algérie… et puis là, me retrouver à serrer la main de Boumédiène…

Et là-dessus, un par un, j’ai ramené tous les mecs. Je connaissais déjà bien Sunny Murray et Alan Silva, un peu Archie, un peu Grachan que j’avais vu en 1967 ; Dave Burrell, je l’ai rencontré là-bas. Certains étaient sous contrat, Archie avec Impulse, Murray avec Pathé, mais je les ai ramenés et on les a tous signés comme leaders. Les chefs d’orchestre étaient payés, et après ils se démerdaient, ils payaient les autres. Et l’arrangement qu’ils ont trouvé, c’était de jouer chacun sur les disques des uns et des autres, comme ça, pas de problème, chacun prenait l’enveloppe qui lui revenait comme leader. Celui qui a eu le groupe le plus proche d’Alger, c’était Dave Burrell. Dans Echo, il y a exactement le groupe d’Alger, plus Arthur Jones.

- Quand tu dis que tu les as « ramenés », comment s’est passé le voyage retour ?

Ça a été un peu compliqué. Avec un copain, on avait organisé un mini-festival au Canet-des-Maures. Il n’y a pas eu d’enregistrements, mais j’ai les photos. Il y avait Clifford Thornton, Grachan Moncur, Arthur Jones, Kenneth Terroade… Eux venaient d’Alger, d’autres de Paris, Mike Ephron au piano, Beb Guérin, Alan Silva, Sunny Murray et Delcloo. Archie était déjà remonté à Paris. Sur la place du village, il y avait quinze personnes ! Les vieux du pays, appuyés sur leurs cannes, pendant que les autres jouaient comme des bêtes… C’était assez étonnant !
Tout le monde s’est retrouvé à Paris pour faire les séances. Mais petit problème, à l’époque, les ingénieurs du son qui connaissaient un peu mieux le jazz n’étaient pas là parce que c’était l’été. On a travaillé avec le même ingé son qui, l’année d’après, a saboté les enregistrements de la Fondation Maeght, il était spécialisé dans le classique mais pas du tout dans le jazz. Selon les séances, on a enregistré au studio Océan, place des Abbesses, qui n’existe plus, ou à Davout, selon la taille de l’orchestre. Là-dessus, d’autres mecs sont arrivés, comme Don Cherry, un copain depuis 1963… Ornette Coleman aussi est passé, ce qui nous a permis de faire des trucs avec [Ed] Blackwell, dont le Dewey Redman avec Malachi et Blackwell. Cecil Taylor était dans le coin aussi, et on a fait ce qui reste pour moi un très grand disque, le Jimmy Lyons avec Lester Bowie, Alan et Andrew [Cyrille]… Plus tard, à Amougies, il y avait aussi Frank Wright, Muhammad Ali, Bobby Few… Ça a amené d’autres trucs. Un peu après, il y a eu Sonny Sharrock qui nous a rejoints, ce qui a permis d’autres choses. Toutes ces séances sont sorties, sauf une de Murray, je ne sais pas où elle est passée, et les prises alternatives du Jimmy Lyons, qui ont certainement fini dans une poubelle.

- Quel a été l’impact de ces disques, à l’époque ?

La grande trouvaille, c’était l’idée de collection. Personne ne connaissait l’Art Ensemble à l’époque, mais les gens connaissaient Shepp, donc le type qui achetait Blasé, celui qui a mieux marché, ou le Don Cherry et Blackwell, qui était l’un des premiers de la collection, achetait ensuite les autres… Et pas que le jazz, il y avait aussi Musica Elettronica Viva, Pierre Mariétan, Âme Son ou Gong… La collection est devenue mythique. L’aspect visuel a joué aussi… L’impact, je n’en sais rien. Moi je vivais le moment, je ne faisais pas d’enquête socioculturelle ! Tout ce que je sais, c’est que ces mecs remplissaient des salles, ont été connus. C’est une mouvance musicale qui a marché relativement bien. Beaucoup de concerts, notamment ceux qu’organisait Daniel Caux à la fac de droit et ailleurs… Cette musique a été très vivace jusqu’en 1973, 1974… Après, c’est devenu vraiment underground, et c’est toute la mouvance électrique issue de Miles - McLaughlin, Weather Report - qui a marché…