Depuis plus de quinze ans, le guitariste James « Blood » Ulmer est passé au blues après une carrière retentissante dans le free jazz. Influencé par les conceptions harmolodiques d’Ornette Coleman, avec qui il se produit dès 1974, son jeu est immédiatement identifiable en raison de sa richesse harmonique.
Produit par Vernon Reid, ce disque se situe dans la lignée du blues le plus pur, tant au niveau musical que politique. « Survivors of the Hurricane » et « Katrina » évoquent le terrible malheur qui a frappé la Nouvelle-Orléans fin août 2005, avec des paroles très dures et très politiquement incorrectes contre le gouvernement américain...
Enregistré le 6 octobre 2005 au Centre chorégraphique national de Montpellier lors du Festival Sonorités, Alive at Sonorités marque la première rencontre du vocaliste anglais Phil Minton et du saxophoniste français Daunik Lazro, ici au baryton.
Cette musique totalement improvisée se traduit par des cris, onomatopées et voix diphoniques de Minton et des hurlements et pleurs du baryton de Lazro. Une musique rugueuse, donc - aride et sans concession. On retiendra la capacité des deux interprètes à se fondre dans un même univers de folie pure. Leur écoute mutuelle et leur créativité laissent coi...
Le soleil brésilien fait-il fondre la glace danoise ? On est plutôt devant un dessert qui aurait réussi l’alliage ; piano aérien, fluide, bonne rythmique, servant une voix voilée et douce, à l’interprétation sensible, légère, précise. Le choix des thèmes pas trop éculés est de bon goût. Un disque élégant, mais lisse et sans surprises.
Donc ce sera plutôt « nothing » en ce qui nous concerne... Et non à la consensualité en barres...
On vise cette fois un public plus jeune, celui des bars branchés, avec une alternance de thèmes parlés-chantés sur un salmigondis soul-jazz-pop-rap. Une batterie bien devant, “à l’américaine” comme aurait dit le facteur de “jour de fête”, un son travaillé limite garage, très réverbéré, gratuitement agressif. Si Caroline Henderson a une bonne voix soul (tendance criarde), elle en a aussi les tics, ornements et vibrato non justifiés. Le disque est sauvé par un joli standard à deux voix et guitare, mais cet éclectisme ne sert pas de propos artistique.
Le pianiste Omar Sosa poursuit inlassablement sa quête des liens ancestraux entre le jazz, la musique africaine et la musique latine. Sous la houlette du (ici) producteur Steve Argüelles, il réunit ici dix pays et trois continents à travers vingt-et-un musiciens et chanteurs et une trentaine d’instruments. On retrouve donc ici son goût pour le métissage, et il place en retrait, sur Afreecanos, son rôle d’instrumentiste au profit d’arrangements ambitieux et denses. En concert à Paris au Duc des Lombards les 20 et 21 mars 2008
En 1966 naissait le premier - et peut-être le seul - big band dédié à l’improvisation libre. En un seul orchestre de dix-neuf musiciens, le pianiste et compositeur Alexandre Von Schlippenbach y réunissait l’ensemble des musiciens qui allaient créer et développer cet important courant stylistique généralement appelé « free européen ».
Quarante ans plus tard, Intakt nous propose des extraits de deux concerts-anniversaire à Baden-Baden et Berlin, donnés par ce gotha free du vieux continent, constitué de Kenny Wheeler, Manfred Schoof, Jean-Luc Cappozzo, Axel Dörner, Evan Parker, Gerd Dudek, Ernst-Ludwig Petrowsky, Rudi Mahall, Paul Rutherford, Johannes Bauer, Alexander Von Schlippenbach, Paul Lovens et Paul Lytton augmentés de deux trombonistes américains, et non des moindres, George Lewis et Jeb Bishop. Selon l’humeur, on trouvera que cette musique conserve la profusion de vie de ses débuts, à travers notamment un feu d’artifice de brillants solos, ou se recouvre imperceptiblement d’une légère couche de poussière…
Nils Landgren (tb, voc), Ray Parker Jr (g, voc), Magnum Coltrane Price (b, voc), Ida Sand (Kb, voc), Magnus (woodwind, voc), Wolfgang Haffner (dr, voc)
Nouvel opus funk du tromboniste suédois, qui invite ici le guitariste Ray Parker Jr. Après bientôt quinze ans à la tête de son Funk Unit, Nils Landgren aura bientôt fait le tour de la funk et de ses variantes. Festive, cette musique où tous les instrumentistes chantent (pas tous ensemble heureusement) ne peut s’écouter qu’à fort volume et moyennant une installation hi-fi qui neutralise les vibrations : gros risque de se froisser avec ses voisins.
La musique de Landgren est fidèle à elle-même ; on regrettera tout de même quelques mièvreries vocales (« 24 Hours »), des compositions un peu « soupe » ou des tubes trop souvent revisités (« House Party »). C’est néanmoins un plaisir certain que de ré-écouter son trombone. De manière générale, les cuivres et leur orchestration sont excellents. Pour amateurs.
Mike Reinhardt (g), Sanson Schmitt (g), Yorgui Loeffler (g), Mayo Hubert (g), Jean-Luc Miotti (b)
Les Enfants de Django ne sortent pas de n’importe quelle école mais de celle de la tradition orale chère à la musique vivante ! Les trois jeunes compères alsaciens sont ici en live au Méridien, à Paris, en hommage au génial manouche Django Reinhardt (pour un CD peut-être un peu trop long), démarrent par « Minor Swing ». Les improvisateurs laissent tour à tour libre cours à leur talent avec flamme et panache, dans la pure tradition. Tandis que l’étonnant Mike Reinhardt (qui a fait ses classes aux côtés de monsieur Bireli Lagrène, entre autres) s’envole sur sa Gibson Jazz (« Them Their Eyes », « It’s All Right With Me »), la tradition et le son acoustique des caravanes est bien présent avec l’excellent Sanson Schmitt (fils du respecté Dorado.) (« Undecided », « Them Their Eyes ») et le flamboyant autodidacte Yorgui Loeffler, issu de l’école alsacienne de Marcel Loeffler (« Place de Brouckère », « What Is Thing Called Love », « Valse à Django »).
Un bon disque de guitare sincère, avec en prime le bonheur du « live », et trois styles de guitare qui se complètent parfaitement. Les coupes sont franches et l’émotion parfois un peu en arrière au vu des démonstrations, les instruments ne sont pas toujours accordés à la perfection, mais… « ça joue grave mon frère » ! À noter la présence de Mayo Hubert à la pompe comme on les aime, et le bon drive du bassiste Jean-Luc Miotti, sans oublier une belle pochette où nos trois guitaristes, avec leur chemise blanche, feraient pâlir de jalousie certains Mousquetaires.. À quand des pochettes plus « free style mais dans le style, mon cousin » ?
Django serait certes fier de ses nouveaux enfants, mais le maître jouerait-il encore cette musique aujourd’hui ? La tradition ne peut que vivre qu’avec la modernité, et inversement ; alors vive le jazz manouche !
Après avoir publié en 2002 un disque consacré à des musiques composées pour la danse, Louis Sclavis propose un nouveau recueil de pièces choisies par ses soins et composées pour la télévision, le cinéma et le théâtre. Double album qui grouille d’idées, de pièces plus ou moins longues et d’invités prestigieux, dont Médéric Collignon et la troupe du « Napoli’s Wall », pour deux intrigantes versions de « Cité City Citta Program ».
La moitié du monde décompose son œuvre « officielle » de Sclavis : on y retrouve ses influences et on l’écoute s’amuser dans des exercices de style inattendus : le musette, la bossa nova… soit des styles où l’on a très peu l’habitude de l’entendre. Une avenante anthologie qui ravira les admirateurs non sans intriguer les néophytes.