Scènes

Jazz à Luz 2005 : Instantanés


« Jazz à Luz », 15è Festival d’Altitude, du 9 au 12 juillet
(Luz Saint-Sauveur - Hautes-Pyrénées)

Placé sous le signe des résistances et de l’innovation, « Jazz à Luz » avait cette année pour « fil rouge » la rencontre des joueurs de cordes et des percussionnistes. La preuve en quelques instantanés certifiés 100% sans analyse musicologique :

FRED FRITH/CHRIS CUTLER


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Chris Cutler © H. Collon

Chris Cutler (Henry Cow, etc), dont, en temps normal, le visage et le maintien respirent l’austérité, acquiert dès qu’il passe derrière son fol ensemble de percussions une légèreté, une souplesse étonnantes. Il ne bat ni ne frappe, il danse. La variété des sons produits par ses dispositifs, qui vont de la balle de ping pong au plus invraisemblable enchevêtrement de fils, ne laisse aucune place à la répétition.


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Fred Frith © H. Collon

Dès qu’il entre en scène, Fred Frith (Henry Cow, etc) se déchausse violemment. En même temps que ses espadrilles, il envoie promener toutes les conventions passées, présentes et peut-être à venir en matière de jeu de guitare. Qu’il passe celle-ci à la brosse à reluire où la caresse de son archet, qu’il l’agrémente d’une boîte de pastilles Pullmoll pour y déposer amoureusement une chaînette, ou daigne y plaquer quelques accords hargneux et… désaccordés là où, depuis longtemps, le public n’attend plus de notes égrenées, jamais il ne cède à la facilité purement bruitiste. Le mélange est détonnant, mais résistera-t-il au temps ?

TOBROGOÏ

Fanfare de bons instrumentistes (dont le batteur Fabien Duscamps, détenteur du record des « musiciens ayant le plus souvent joué à Jazz à Luz »), ce groupe cuivré synthétise des influences (klezmer, etc) qu’on pourrait croire irréconciliables. Pour danser.

FRED FRITH/CAMEL ZEKRI


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Camel Zekri © H. Collon

Camel Zekri traite sa belle guitare Godin avec autant de respect que Fred Frith maltraite sa vieille Gibson. Autant l’un caresse, effleure du bout des doigts et dispense des fragments de mélodies influencées par ses origines nord-africaines, autant l’autre brutalise, désaccorde, déstructure - sans respect pour le flegme et la retenue britanniques. Là où l’artiste à peu sombre s’arme d’électronique pour finalement s’en servir très peu, le professeur de composition (??) à Mills College multiplie les accessoires acoustiques : ruban rouge (?), grains de riz, baguettes de batterie… À priori donc, tout les sépare ; pourtant, on voyage dans sa tête pendant une bonne heure, et on les rappelle deux fois.

URSUS MINOR


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Jef Lee Johnson © H. Collon

Allégée de ses rappeurs et de son prestigieux invité du festival Sons d’hiver 2004, cette improbable formation inventée par Jean Rochard (âme du label NATO) qui accole deux représentants du jazz européen (François Corneloup, sax baryton et soprano et Tony Hymas, claviers) à deux ex rockers noirs américains (Jef Lee Johnson, guitares et Stokley Williams) prend un virage résolument plus hard jazz. Parfois ça marche, parfois non. Il y a des longueurs et des répétitions. De très beaux solos aussi. On s’en va quand même avant la fin.

ALAIN JOULE/BARRE PHILLIPS


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Barre Philips © H. Collon

On attendait avec impatience de revoir la légende vivante de la contrebasse, celui qui fut de toutes les aventures sans rien avoir perdu de sa fraîcheur, de sa curiosité et de son humour (« Et maintenant, tous au bar ! » s’exclame-t-il à peine la dernière note jouée). On ne s’attendait pas à ce que Barre Phillips se retrouve englouti sous un flot de percussions égocentriques (résolument acoustiques) et de poésie auto-proclamée de la part d’un Alain Joule qui nous a déclaré d’un air dégoûté « détester Rebotier » alors que ses textes en sont une pâle imitation. On attendra donc de réentendre l’artiste dans un contexte qui lui permette davantage de s’exprimer.

NEW LOUSADZAK « HUMAN SONGS »


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Claude Tchamitchian © H. Collon

En préambule, Claude Tchamitchian, qui emmène cette nouvelle formation de huit musiciens, parle d’amour et de partage (il est bien le seul) en les opposant à la « domination » et à l’argent, ainsi qu’à certaines stratégies qu’il qualifie de « stupides. » Il rappelle utilement que la lutte des intermittents du spectacle est loin d’être terminée. On leur souhaite de progresser sur la bonne voie.

Alternant impros ultra-free qui ne convainquent pas tout le monde et passages écrits d’une grande beauté, le Lousadzak 2005 permet encore une fois à Médéric Collignon de laisser exploser son talent fou au cornet, à la voix et aux jouets en tous genres ; mais ce n’est pas son seul mérite. Daunik Lazro est toujours un prince du saxophone, Lionel Garcin délivre des solos sobres et inventifs au ténor et le duo de guitaristes (Raymond Boni et Rémi Charmasson) apporte une couleur unique tandis que Ramon Lopez déploie à la batterie une énergie sans faille, le tout sous l’œil attentif et le geste impérieux de Tchamitchian. Ce dernier nous informe que deux citations ont présidé à l’écriture de ces deux suites (« Humans songs ») : « La guerre est un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas » (qu’il attribue à Mauriac en faisant la fine bouche, mais qui nous semble plutot émaner du distingué Paul Valéry - Claude, si tu nous entends !…) et « Je ne sais pas avec quelles armes se fera la Troisième Guerre mondiale, mais ce dont je suis sûr, c’est que la Quatrième se livera à coups de massue » (A. Einstein, ici pas de contestation !). Sa musique exprime ce même espoir et cette même violence.

GARAZI PHILANTHRoPIK(E) ORCHESTRA


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Thierry Madiot © H. Collon

De jeunes Basques entament, tard le soir, au Verger, une espèce de sarabande marcœurienne passée à la moulinette Comelade. Citons le programme : « […] orgues de bazar, bontempis, objets de vide-grenier, trompette trompée, glock, flûte à cou-lisse, hochets, caisse roulante, chat dans la gorge, casseroles… » Ajoutons le violoncelle, la clarinette, la petite voix et la grosse caisse de Maïtane Sébastian.

Thierry Madiot, tromboniste expérimental et radical s’intègre exceptionnellement au goupe avec ses tuyaux en on ne sait quoi, ses élastiques, ses ballons de baudruche dégonflés, etc. Le tout sous un déluge de bulles de savon, et plus intéressant dans les compositions que dans les reprises - ou plutôt les pastiches. Ce sont pourtant ces derniers qui font danser le public.

XAVIER GARCIA RÉEL MEETING


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Lucia Recio © H. Collon

Après le « Virtual Meeting » discographique auquel il avait convié Chris Cutler en 2003, cet autre as de l’électronique fait le pari de marier improvisation et électroacoustique mais cette fois sur scène. La magnifique voix protéiforme et souvent tragique de Lucia Recio bénit cette union (qui, elle, résistera peut-être au temps…) où les sonorités acoustiques de Jean-Paul Autin (saxophones) et Eric Brochard (contrebasse) sont la composante sensuelle.


IL Y AVAIT AUSSI…


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Edward Perraud © H. Collon

ET PUIS :


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Spontane © H. Collon

ET BIEN D’AUTRES… : http://www.jazzaluz.com

par Stella Star // Publié le 5 septembre 2005
P.-S. :


En conclusion :

© H. Collon