Chronique

Jean-Claude Oleksiak Quartet

À ciel ouvert

Emile Parisien (ss), Pierre Perchaud (eg), Jean-Claude Oleksiak (b), Antoine Paganotti (dms)

Label / Distribution : La Fabrica’Son / Musea

Jean-Claude Oleksiak est un musicien aussi discret qu’indispensable, de ceux qui bâtissent une musique de proximité, ce qui est nécessaire à l’ancrage de celle-ci dans la société. Résidant à Malakoff, en région parisienne, il est le fondateur de l’association La Fabrica’Son qui, depuis 2000, promeut vaillamment jazz et musique improvisée. C’est pourtant du contrebassiste qu’il est question ici, à la tête d’une formation avec laquelle il signe, de surcroît, son tout premier enregistrement en tant que leader.

Cette “première fois” se fait cependant sans les hésitations ou la fébrilité du débutant. Le propos est maîtrisé et le plaisir d’écoute n’a d’égal que celui qu’ont manifestement pris les musiciens. Car il y a là une évidente histoire de connivence, voire d’amitié. Non seulement les participants se fréquentent depuis quelque temps - le quartet existe depuis 2010 - mais trois d’entre eux figuraient déjà l’an dernier sur le Near A Forest (Elu Citizen Jazz) du Polish Jazz Quartet au côté du pianiste Bertand Ravalard.

De ce fait, A ciel ouvert va à l’essentiel, qui s’ouvre sur un tonique “Cri de notes” qui, astucieusement, le refermera. L’humeur générale est donnée, et sera circonscrite dans un périmètre où l’éloquence se dispute à la vigueur. Dans la circulation des sons et des idées, chacun tient à faire sonner ces mélodies simples, chantantes, promesses d’histoires plus longuement développées. “Les pieds dans la lune” a des allures d’esquisse, mais sera le prétexte à un discours dans lequel les improvisateurs vont s’aventurer. Sur “Lala Paris Bounce”, la rythmique « sale » et appuyée de la guitare appelle bientôt un thème aussi bref qu’entêtant. Ailleurs, de simples notes répétées tirent leur profondeur de léger décalages rythmiques.

Ces compositions faussement évidentes ne sont pas sans rappeler celles de Steve Lacy et le traitement qu’il leur faisait subir. Car passée l’exposition du sujet, s’annonce un débordement bienvenu. La rythmique resserrée Oleksiak / Antoine Paganotti vrombit littéralement. Le jeu du batteur alterne des phrasés secs saccadés et des moments de swing rectiligne qui se mêlent à la gymnastique digitale du contrebassiste sur son manche. Pierre Perchaud, qui officiait dans l’ONJ de Daniel Yvinec, prolonge leur jeu par un propos tout en suggestivité délicate, malgré des sonorités électriques caverneuses parfois batailleuses.

Flottant au-dessus de cette houle métallique, incarnant tour à tour la simplicité des motifs et leurs variations, à grand renfort de longues phrases sinueuses, le soprano d’Emile Parisien est d’un lyrisme naturel débordant d’émotion ; certaines inflexions font même écho, dans ma mémoire, au quartet de Coltrane au début des années 60. Que cette influence, comme celle de Lacy, soit volontaire ou qu’elle résulte de l’assimilation de musiques aimées, il demeure que Jean-Claude Oleksiak, toujours au service du collectif, emmène ici un quartet généreux et spontané.