Hormis quelques incartades en solo ou en duo avec Hein Van De Geyn pour un disque, ce Français exilé à New York a toujours été un adepte du trio piano/contrebasse/batterie. Après un long parcours en compagnie d’Ari Hoenig et François Moutin, suivi d’un autre avec Mark Mondésir et Thomas Bramerie, Pilc s’est lancé dans une nouvelle aventure associant Boris Kozlov et, donc, Billy Hart.
Avant l’enregistrement, prévu fin mai au studio de Meudon, les trois musiciens ont fait au printemps le tour de l’Europe (Espagne, Italie, France, Suisse, Allemagne…), avec dans les dates françaises le Pannonica moins d’une semaine avant la session. De quoi attirer nombre de spectateurs venus découvrir le répertoire du futur disque. Autant le dire tout de suite, les absents ont tort : cette soirée restera comme un des grands moments de la saison. La musique, toute en détournements mélodiques, délires rythmiques et invention permanente, a trouvé ses interprètes idéaux : Hart démontre une musicalité rarement égalée. Son sens du rythme et de la surprise perpétuelle fait de lui un batteur formidablement inventif et mélodique. Grâce à son jeu tout en toucher, il maîtrise les nuances comme peu savent le faire. A ses côtés, Kozlov, « sémaphore » ou pilier du groupe. Tous deux permettent au pianiste de s’amuser sur « Straight, No Chaser », « Autumn Leaves » ou ses propres compositions. Une musique d’instinct, de chercheurs, de ruptures et de réécritures. Pas étonnant que ces musiciens semblent prendre un plaisir immense à jouer ensemble, à se surprendre. En se poussant mutuellement dans leurs derniers retranchements, ils se donnent tout entiers à cette musique de l’instant. Après deux rappels pieds au plancher, la salle comble leur fait un triomphe. Espérons que le disque sera à la hauteur...

- Jean-Michel Pilc © P. Audoux/Vues sur Scènes

