Chronique

Joachim Kühn New Trio

Beauty & Truth

Joachim Kühn (p), Chris Jennings (b), Eric Schaefer (dm)

Label / Distribution : ACT/Harmonia Mundi

Un court prélude intitulé « Beauty And Truth », joué en solo par le pianiste allemand, inaugure avec calme et sérénité un disque qui marque, en effet, une sorte d’acmé dans sa production, mais en même temps ouvre des chemins nouveaux par la puissance et l’apport de ses nouveaux partenaires. Car « The End », qui suit - et qui serait plutôt du côté des commencements - fait entendre une batterie impitoyablement binaire propre à nous rappeler certains trios du Keith Jarrett des années 70. Chris Jennings se régalant à en appuyer le côté dansant.

On retrouve aussi, heureusement, ce qui fait de Joachim Kühn l’un des plus grands pianistes de ce temps et de quelques autres, une attaque décidée et multiple, une forme d’agitation battante qui renvoie à Schumann et à quelques autres romantiques, et ces flèches lyriques que nous aimons depuis toujours. « Sleep On It » a vocation d’être un « hit » si les programmateurs radio veulent bien se donner la peine d’écouter ce morceau et de le passer en boucle. Si ce n’est pas le cas, faites-le pour votre propre compte, et donnez m’en des nouvelles !

« Intim » ramène en effet vers davantage de suspens et de méditation, sans qu’on perde rien du concentré énergétique de cette nouvelle paire rythmique. À ma connaissance, c’est la première fois que Joachim met « Summertime » au répertoire d’un de ses enregistrements, et sa version est d’un grand et beau classicisme. Avec « Riders On The Storm », on retrouve, et presque dans une dimension ironique, la quasi « pesanteur » binaire de « The End ». « Machineria » est une affaire tournante, « Sleep Save And Warm » une mélopée pour le coup ternaire, et la plus longue pièce de l’album, « Blues For Pablo » est un vibrant hommage à son compositeur (Gil Evans), mais aussi peut-être à Miles, et pourquoi pas à Picasso ?

Un disque essentiel, par l’étendue des musiques qu’il convoque et contient.