Scènes

John Greaves au Triton

Nouvelle formation pour le bassiste et chanteur gallois.


Le 28 septembre au Triton, très belle salle des Lilas, le chanteur et bassiste gallois (mais résident français de longue date) John Greaves s’est produit aux côtés de son nouveau trio, baptisé ’JazzSongs’.

Simple chanteur pour l’occasion, hormis un morceau d’ouverture (composition inédite sur un texte de Chris Cutler, son ancien complice du groupe Henry Cow), pour lequel il s’accompagna au piano, Greaves était entouré de deux des meilleurs représentants de la scène jazz française actuelle, le violoncelliste Vincent Courtois et la pianiste Sophia Domancich. Pour cette dernière, c’est la poursuite d’une complicité dont les débuts remontent à la fin des années 80.


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John Greaves par Hélène Collon

Au cours de la dernière décennie, John Greaves s’est plu à alterner formules électriques et acoustiques. Dans la foulée de son dernier album studio en date, le résolument rock The Caretaker (2001), il a tourné avec un trio constitué du guitariste Patrice Meyer (remplacé depuis par Jeff Morin) et le batteur Manuel Denizet, connu pour ses fréquentes interventions auprès de Claude Barthélémy.

Inauguré en janvier dernier lors d’un concert au « New Morning », le projet ’JazzSongs’ marque une forme de retour aux atmosphères de l’album Songs (1995), constitué d’arrangements totalement acoustiques de chansons composées sur vingt ans, remontant pour certaines au mythique Kew.Rhône (1977), opus aussi génial que déjanté qui marquait les débuts d’une longue amitié musicale avec Peter Blegvad (Henry Cow, Slapp Happy, Faust), parolier de prédilection d’un Greaves avant tout compositeur.

Au « Triton » comme sur Songs, les arrangements dépouillés de tout artifice mettent sublimement en valeur l’originalité, le raffinement, la substance harmonique et mélodique, des compositions de John Greaves, qui bien souvent pourraient parfaitement exister par elles-mêmes en tant que pièces instrumentales. Domancich et Courtois ne se privent d’ailleurs pas d’en exploiter pleinement le potentiel jazzistique, improvisant avec aisance et un mélange d’audace et de lyrisme sur des motifs aussi alambiqués qu’improbables (la version de « Silence » restera longtemps dans les mémoires !).


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John Greaves par Hélène Collon

Comme chanteur, Greaves n’a pas, loin s’en faut, la technique irréprochable des crooners qui ont bercé sa jeunesse (et auxquels il a rendu hommage dans un CD de standards de jazz, On The Street Where You Live), mais ce n’en est pas moins un grand interprète, capable de restituer pleinement l’essence des textes, le plus souvent signés de sa plume (l’essentiel du second set), comme en témoigna une version magnifique de ce qui demeure l’un des sommets du duo Greaves/Blegvad, « How Beautiful You Are » et sa vision glaçante d’un amour assiégé de toutes parts par la mort.

Le relatif minimalisme du dispositif instrumental (poussé à l’extrême sur un « Earthly Powers » en duo chant/violoncelle, formule reprise avec une égale réussite pour l’introduction de « Deck Of The Moon ») mit d’autant mieux en valeur la musique qu’il sut aussi, à l’occasion, la parer de formes plus charnues, cessant alors de suggérer la beauté pour enfin s’y abandonner sans retenue. Que cet art tout en nuances s’apparente de près ou de loin au jazz n’a finalement guère d’importance : c’est tout simplement de la - très belle - musique.

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