Chronique

Jonas Knutsson + Johan Norberg

Cow Cow : Norrland II

Jonas Knutsson (saxophones), Johan Norberg (guitare acoustique, kantele)

Label / Distribution : ACT/Harmonia Mundi

En route pour le Norrland, la grosse moitié septentrionale de la Suède.

Cet album, comme son titre l’indique, est la suite de Norrland, déjà
paru chez ACT en 2004. On y retrouve logiquement Jonas Knutsson aux saxophones et Johan norberg à la guitare acoustique et au kantele, sorte de cithare millénaire qui est l’instrument traditionnel finlandais.

Grâce à des morceaux très épurés, à la formation réduite du duo ainsi qu’à un son orné d’une forte réverbération, l’auditeur n’aura qu’à fermer les yeux pour être transporté entre montagnes, forêts, fleuves et vallées. Parmi les compositions des deux artistes, se nichent trois morceaux traditionnels suédois dont l’interprétation est éclairée par la citation qui se trouve en exergue du livret : en 1686, la batterie et les percussions furent interdites dans la musique suédoise traditionnelle. Seule l’armée fut autorisée à les employer. Les instruments durent donc trouver un moyen d’exprimer non seulement la mélodie, mais aussi le rythme. Cela changea définitivement la voie de la musique traditionnelle suédoise. En particulier sur « Polska Efter Jon-Marsen » joué en solo par
Jonas Knutsson : ce dernier parvient à un équilibre parfait entre rythme et mélodie et réussit à faire du saxophone un instrument complet.

Les autres morceaux développent plus largement ce partage historique entre rythme et mélodie ; les ballades contrastent singulièrement avec les trois traditionnels car leur aspect rythmique est davantage en retrait. Dans ce contexte, la rencontre entre Knutsson et Norberg donne lieu à une richesse mélodique étonnante et fascinante, et le choix du kantele, avec la résonance de ses cordes à vide, enrichit encore la couleur musicale du disque. D’autres pièces jouent manifestement la carte rythmique et le plus
court d’entre eux, « Blåis » qui dure à peine plus d’une minute, est peut-être le plus abouti car le plus dense, mariant trilles de saxophone et accords de guitare frappés pour évoquer les percussions bannies.

Ainsi, au-delà de la réelle émotion procurée par la beauté des compositions et des interprétations, cet album est également l’occasion de découvrir un travail très intéressant sur la répartition des rôles mélodique et rythmique au sein d’un duo guitare - saxophone. Passionnant.