Scènes

L’éternel printemps de Magma

Le Printemps de Pérouges programmait Magma pour la première fois.


Magma Printemps de Pérouges 2026

Le premier concert donné par Magma dans l’Ain remontait à leurs débuts, en 1971 au festival pop de Malaval. Cinquante-cinq ans après, la formation menée par Christian Vander revient faire entendre ses compositions toujous incandescentes. Cette grande formation donnait ce soir-là son ultime concert avant d’aborder un nouveau chapitre à l’automne avec un groupe plus resserré dénommé Zeuhl Kommandöh Tour.

Christian Vander & Charles Lucas © Mario Borroni

Nul n’est prophète en son pays. C’est une évidence, Magma mériterait une plus grande reconnaissance en France. On se souvient de leur passage au théâtre antique de Fourvière en 2019 en première partie de King Crimson ; l’histoire se répète au Printemps de Pérouges, où ils sont une nouvelle fois programmés en première partie, avant The Australian Pink Floyd Show, groupe « tribute » composé de musicien·nes qui n’étaient pas né·es quand Magma faisait ses débuts dans des festivals.

Alors que les premières notes déferlent, semblables à un rouleau compresseur, les premiers rangs du public sont pris d’une agitation compulsive. La danse va rimer, durant toute la prestation musicale, avec le kobaïen. Mekanïk Destruktïw Kömmandöh avance rythmé par les coups secs qui s’abattent sur les fûts de la batterie et soulignent les effets dramatiques scandés par les choristes. Ce mélange envoûtant qui mêle la puissance tellurique de la section rythmique aux voix aériennes transcende l’écriture de morceaux historiques techniquement complexes.

Les contrechants de cuivres qui animaient le premier double album du groupe sont ici subtilement remplacés par la mouvance éclatante des voix féminines.

Avec un son acéré non dénué de swing, le bassiste Charles Lucas, transfuge du groupe Caillou, s’impose comme le partenaire parfait pour Christian Vander :leur complicité avec s’exprime dans leurs regards convergents lors des transitions rapides de tempo. Si l’énergie communicative du guitariste Rudy Blas demeure primordiale lorsqu’il produit ses pulsations jouissives, la prestation des chanteuses élève la musique dans des contrées célestes. Fidèle au groupe depuis des décennies, Isabelle Feuillebois est entourée de Sylvie Fisichella, Laura Guarrato et Caroline Indjein qui impressionne l’auditoire par sa dynamique sonore lorsqu’elle intervient seule. Cette intensité solennelle fait face à la mixité vocale incarnée par Hervé Aknin qui lance Kobaïa. L’esprit de la musique afro-américaine se répand allègrement avec des rythmes chaloupés évocateurs de la Tamla Motown. Les contrechants des cuivres qui animaient le premier double album du groupe sont ici subtilement remplacés par la mouvance éclatante des voix féminines. Précises, les gifles sur les cymbales interagissent efficacement avec les parties de claviers jamais surchargées de Thierry Eliez et Simon Goubert, toujours impressionnant par sa virtuosité lorsqu’il intervient en soliste.

L’acclamation finale du public salue Christian Vander et en particulier ce chœur magnifique qui se produisait pour la dernière fois ce soir. Ces voix féminines, qui à l’origine comptaient parmi elles Stella Vander, ont embelli une œuvre musicale unique qui traverse le temps sans jamais se compromettre.