Chronique

[LIVRE] Christian Gailly

Un soir au club

Dans beaucoup de romans, la radio diffuse Caravan ou le héros pose So What sur la platine du tourne-disque, mais peu nombreux sont ceux qui prennent le jazz pour sujet principal. C’est le cas d’Un soir au club, ce qui fait déjà au moins une bonne raison pour le lire.

Quand il parle de jazz Christian Gailly sait de quoi il parle, puisqu’il a longtemps été tenté par une carrière de saxophoniste. En fin de compte la plume l’a emporté sur le bec et Christian Gailly s’est orienté vers l’écriture, où il improvise de fort belles pages.

Un ancien musicien devenu chauffagiste, une soirée dans un club de province, un piano, une chanteuse et la mort. L’histoire est banale et n’est qu’un prétexte pour jouer avec les personnages, les relations et les ambiances, comme un thème de blues en AABA.

Christian Gailly excelle dans cet exercice grâce à son style vif et concis, fait de phrases courtes et de mots simples, comme on aime les chorus. Sans oublier le recul qu’il maintient par rapport à son texte : il montre son histoire davantage qu’il ne la raconte. Cette attitude instaure une connivence entre l’auteur et le lecteur, un peu comme celle qui lie l’auditeur et les musiciens dans un concert.

Finalement Un soir au club ne parle pas de jazz, il est jazz, ce qui est une raison définitive pour le lire.

par Bob Hatteau // Publié le 20 février 2004
P.-S. :

2002 - 176 pages - Prix indicatif : 12 €