Scènes

La Scala


Dessin : Yann Bagot

En sortant de la salle de concert de la Générale à Paris, on aperçoit, sur le piano ou tombées à terre, quelques partitions portant des noms d’animaux. Les titres n’ont pas été présentés durant le set, car il est de coutume chez le Tricollectif d’envisager chaque répertoire comme un ensemble qui ne souffrirait pas la prise de parole. Nous savions juste que le programme s’appelait Zooooo. Ce qui, à la réflexion, aurait pu nous mettre sur la piste.

Nous les avons entendues, écoutées, elles nous ont submergé, ces compositions pointues probablement inspirées par lesdits animaux, leur origine, leur démarche, leur allure… Il faudra s’y replonger pour pousser l’analyse, car pour l’heure c’est la musique qui nous a été offerte, et non la feuille de route permettant d’en décrypter les tenants et aboutissants.


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Roberto Negro, Théo Ceccaldi
Roberto Negro, Théo Ceccaldi

D’un point de vue strictement formel, donc, ce que nous a donné à entendre le quatuor est absolument remarquable. Dès les premières mesures, on est transporté par la mise en place impeccable d’une cellule rythmique à laquelle participent les quatre instruments. On note d’emblée, du moins en comparaison du concert donné en ce lieu il y a déjà trois ans ou du disque formidable paru chez Ayler Records, une volonté de faire respirer davantage la musique, de graviter, certes avec beaucoup de fantaisie, autour de formes distinctes. Demeurent l’intensité, l’engagement ou le plaisir enfantin de sortir du cadre. Mais la fièvre, la poésie claire-obscure dont étaient baignées les compositions d’alors laissent place à une démarche collective peut-être assagie, ou réfléchie, ou simplement généré par des images qui invitent à davantage de placidité. Pour autant la visite de ce parc imaginaire ne se fait pas les mains dans les poches, mais les sens aux aguets, comme exposés à la nature sauvage des sujets. Car ce qui se joue, dans les architectures collectives, les solos ou les conversations, est imprévisible et souvent plein d’énergie.

Les gestes sont magnifiques mais nous y sommes accoutumés. Jaillissent néanmoins de ce formidable travail d’écriture de nombreux épisodes où l’équilibre des sons, la beauté des phrases ou la pertinence des rebonds interpellent. A tout moment les instruments peuvent passer d’une fonction structurelle à une posture narrative. Les phrases, superbes, s’envolent ici du piano de Roberto Negro, là du violon de Théo Ceccaldi. Les fûts d’Adrien Chennebault semblent siffler une mélodie tandis que le violoncelle de Valentin Ceccaldi chante autant qu’il soutient. La musique circule avec fluidité et les schémas se renouvellent constamment.

Il y a beaucoup de soleil dans le Zooooo. La musique est très positive, chantante autant qu’aventureuse. Il faut désormais attendre de revoir les quatre dresseurs de rêves, ou de tenir entre les mains l’hypothétique disque qu’ils auront probablement la riche idée d’enregistrer, pour aller plus avant dans la compréhension de leur étude éthologique. Nous pouvons d’ores et déjà affirmer cependant qu’à défaut d’être scientifiquement fondées, ces observations d’animaux sont d’une indiscutable beauté.