Scènes

La Soustraction des fleurs

Fin, drôle, intelligent : le trio a présenté pendant deux jours à l’Atelier du Plateau (Paris) son dernier spectacle, L’après de l’avant.


Fin, drôle, intelligent : le trio a présenté pendant deux jours à l’Atelier du Plateau (Paris) son dernier spectacle, L’après de l’avant, un travail sur la mémoire collective et individuelle, mélange de contes, de musiques traditionnelle et contemporaine, de théâtre et d’installation plastique. Un régal !

L’Atelier du Plateau est coupé en deux : à l’entrée, France Musique : Anne Montaron et son équipe captent le conte musical de La Soustraction des fleurs pour l’émission « À l’improviste » [1] Dans le coin opposé, trois pupitres alignés devant une installation sculpturale [2]. Plusieurs tôles sont dressées et éclairées de manière à former une petite forêt de cuivre, motif qui rappelle Anselm Kiefer : c’est aussi de la mémoire qu’il s’agit. L’après de l’avant, mélange de théâtre musical, conte et improvisation, est une réflexion ludique autour de la conservation du souvenir, collectif et individuel. Comment l’Histoire et les histoires naissent-elles ? Quelle est la part de l’imagination ? du fait objectif ? Peut-on les hiérarchiser ? Un souvenir subjectif, c’est-à-dire imaginaire, a-t-il moins de valeur qu’un acte avéré ? Autant de questions mises en scène et en jeu à travers un dialogue poétique à trois voix, écrit et orchestré comme au théâtre.


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Photo X/DR

Frédéric Aurier (violon), Sylvain Lemêtre (percussions) et Jean-François Vrod (violon) donnent la parole à des personnages de conte : une moitié de poulet hilarante qui part à la recherche de ses écus d’or et fait toutes sortes de rencontres en chemin ; une petite fille toute en poésie, cachée sous la table de la cuisine pour regarder sa grand-mère danser, dans un jeu de voix mi-chanté, mi-parlé. La musique ponctue les mots sans être cantonnée au seul rôle d’accompagnement : signifiante en elle-même, elle donne à voir cette moitié de poulet qui rencontre un renard sans se faire manger et traverse ensuite une forêt. Musique traditionnelle ? contemporaine ? improvisation ? C’est un palimpseste auquel nous invite La soustraction des fleurs. Mélodique et entraînante comme pour un bal, construite et déconstruite avec finesse, évocatrice d’une richesse imaginaire, la musique est une sédimentation des chansons passées et à venir à la fois savante et légère.

Les interprètes viennent de tous les horizons. Frédéric Aurier, membre du fabuleux Quatuor Bela, ensemble de musique contemporaine, travaille depuis toujours avec Jean-François Vrod, qui dit la majorité des textes, et violoniste folk par ailleurs, tandis que Sylvain Lemêtre, aperçu dans Le Sacre du Tympan, apporte un savoureux complément rythmique aux deux violons. Bientôt le trio devient monstre de carton en enfilant des masques composites, collages de matériaux hétéroclites, à l’image de la musique [3]. Drôle, touchant et merveilleux, L’après de l’avant est un spectacle comme on les aime : débarrassé des contraintes de catégories, il voyage entre les styles et les époques, inventant sa propre histoire. Une magnifique découverte.

par Raphaëlle Tchamitchian // Publié le 28 mars 2011

[1Diffusion le 4 avril 2011 à 23h30.

[2Scénographie et lumières : Sam Mary.

[3Costumes : Laurence Garcia.