Scènes

Laurent Dehors et David Chevallier à l’Université de Rouen

En ce jeudi soir, le joli petit théâtre de la Maison de l’Université de Mont-Saint-Aignan, dans la banlieue de Rouen, reçoit pour la première fois Laurent Dehors et David Chevallier pour un duo inédit.


En ce jeudi soir, le joli petit théâtre de la Maison de l’Université de Mont-Saint-Aignan, dans la banlieue de Rouen, reçoit pour la première fois Laurent Dehors et David Chevallier pour un duo inédit.

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L. Dehors © F. Barriaux

Les deux Rouennais, heureux d’être là et prêts à passer en toute en décontraction de l’improvisation libre à la relecture de standards en passant par l’adaptation de pièces baroques, se connaissent depuis vingt ans. Il y avait longtemps que cette complicité, forgée en grande formation au sein de Tous Dehors, n’avait pas eu l’occasion de s’exprimer sous une forme intimiste. Mais depuis quelque temps, Laurent Dehors semble vouloir expérimenter les « petites formes » (cf son duo avec le pianiste Matthew Bourne).

En quelques instants, ces années de connivence prennent des allures de reconstitution de ligue dissoute. Avec son flegme habituel - qui tranche avec l’exubérance de son alter ego -, David Chevallier travaille énormément ses cordes pour tresser des structures solides et cependant bancales sur lesquelles Dehors pose le son à la fois leste et profond de sa clarinette contrebasse, en passe de devenir son instrument fétiche. Il n’en a pas moins toute liberté pour s’offrir des moments très intenses, notamment sur les improvisation pures. Habitué à se produire aussi en solo, il développe un arsenal redoutable de boucles et d’effets de pédales qui transforme sa guitare électrique en virulente prolongation de son inspiration.

Peu de morceaux ont été écrits pour cette jeune formule, qui préfère revisiter le répertoire commun aux deux musiciens. Ceux de Tous Dehors mettent en valeur la finesse d’écriture et le dialogue, parfois vif, finit toujours en unisson ou en éclat de rire. Sur les standards, on retrouve toujours une pointe d’humour, notamment lorsqu’il s’agit d’évoquer les grands succès de Glenn Miller. Mais sur le « Lonely Woman » d’Ornette Coleman la salle s’emplit d’émotion. Il est rare, finalement, d’entendre le son légèrement granuleux de Laurent Dehors au ténor sans une foule d’instruments derrière lui… Par ailleurs, Dehors et Chevallier ne pouvaient laisser passer l’occasion de puiser dans le patrimoine de la musique classique, dont ils sont tous deux familiers. Ce sera ce soir l’« Ode à Sainte Cécile » de Purcell. Sur des arrangements d’orfèvre (signés Chevallier), ils remodèlent ce grand classique, sans outrage mais en lui offrant un souffle de modernité.

Ce duo, qui a le charme et l’éternelle nouveauté des vieilles amitiés, n’en est qu’à ses prémices ; espérons qu’on n’attendra pas vingt ans avant de le revoir sur scène !


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D. Chevallier © F. Barriaux