Tribune

Le Donald que j’aime jouait de la TRUMPette

E-nepties et déraisons : Don Cherry


Oklahoma City-Málaga : 7987,92 km voie directe à vol d’oiseau ou bien 58 ans, la vie, celle de Donald Eugene trompettiste aussi fili que longiforme aux semelles de vent.

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Don Cherry par Jeanne Davy

Atteint assez jeune d’harmolodite au contact prolongé d’Ornette Coleman, il passa par des phases aiguës et des résiliences plus ou moins longues qu’il mit à profit pour globe-trotter à tout va. Routard impénitent, genre explorateur, il croisa, cela va sans dire (mais disons-le quand-même) Stanley à la recherche de Livingstone (Dr. Livingstone, I presume ? - Non, moi c’est Don !) et Livingstone sans Stanley mais ça ne le perturbait pas le moins du monde et il préféra tracer sa propre route, aux multiples crochets, rencontrer les autochtones et échanger en musique autour de marmites dans lesquelles ne mijotait aucun blanc missionnaire égaré mais plutôt le goûteux bouillon de la zique universelle. Il aura joué, avec tout le monde, de tout ce dans quoi on peut souffler, de la trompette de poche au sifflet à roulettes du flic d’antan, et tripoté avec bonheur tout ce qui peut produire un son musical, partout et ailleurs.

Nomade dans l’âme, on le retrouve hypnotisé par le bruit de l’eau et son mouvement, ruissellement, clapotis ou furieux ressac, la danse du feu et les crépitements du campement nocturne, le monstrueux grondement du fascinant feu de brousse qui dévaste et dévore tout sur son passage, les modulations du vent qui accompagnent le marcheur le long des sentiers, routes et chemins, alors que, là-haut, très haut dans le ciel flânent les six russes ; messages sonores et visuels que, sagement, il emmagasine et qui peupleront sa musique. Ainsi en va-t-il dans les Codona (1, 2 et 3) où il batifole en compagnie de Collin (Walcott) et Naná (Vasconcelos)

Chez Ornette, au gré des ans il rencontra et retrouva Charlie Haden, Ed Blackwell, Dewey Redman, entre autres. Placé en diverses occasions dans le seul centre de désintoxication harmolodique existant, il les revit (comment pouvait-il en être autrement ?), également internés pour les mêmes raisons. Comme cela ne surprendra personne, le soir venu, ils faisaient gaiement le mur et se livraient à de coupables mais gratifiants agissements, retour à des rêveries anciennes mais aussi de nouvelles dont on peut d’ailleurs goûter les fruits discographiques [1].

Homme libre, on n’est pas surpris de le retrouver au passage, trônant flûtes au bec, dans le Liberation Music Orchestra sous la banderole soutenue par Carla Bley et, bien sûr, Charlie Haden. Il y retrouve (oh ! surprise) Dewey mais aussi le félin Leandro Barbieri avec qui il avait déjà folâtré entre Rome et Paris [2].

par Biyet Dumeur // Publié le 11 décembre 2016

[1Old and New Dreams, 1976 et 1979.

[2Togetherness, Complete Communion, 1965 et 1966.