Scènes

Christophe Monniot Vivaldi Universel aux Émouvantes (Marseille)

Les Émouvantes de Marseille, festival hors sentiers battus questionnait le temps cette année (30 octobre-2 novembre, deuxième édition) à travers le passé musical. Claude Tchamitchian en est le grand horloger…


Les Émouvantes de Marseille, festival hors sentiers battus questionnait le temps cette année (30 octobre-2 novembre, deuxième édition) à travers le passé musical. Claude Tchamitchian en est le grand horloger – mais rien de surnaturel chez ce contrebassiste à la fois gardien et aventurier du tempo. Ici, à la Friche Belle de Mai, haut lieu marseillais, c’est pour une composition à quatre temps/quatre soirées, pour quatre fois deux concerts. Un tout très pensé autour d’« une chaîne musicale vivante et évolutive à laquelle tout musicien est intimement lié » (C. Tchamitchian). Prélevons dans ce tout la soirée du 31 octobre et le Vivaldi Universel de Christophe Monniot et son octet.

Quand Christophe Monniot sonne l’ouverture de son Vivaldi Universel c’est Charlie Parker à Roncevaux. L’alto entre en transe et les gradins en vibration. Tout le reste peut suivre, le ton est donné, c’est le son et le don du jazz.

C’est en 2007 que Monniot (né en 1970) s’est (é)lancé dans la composition de ce Vivaldi revisité, prenant au mot ses fameuses Quatre saisons, pour les arracher aux rengaines pénibles des attentes téléphoniques et les subvertir musicalement et politiquement, du moins au sens écologique.


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Christophe Monniot © Gérard Tissier

A l’origine une heureuse commande du Rhino Jazz Festival à ce ludion du sax, qui eut alors l’idée d’intégrer à la partition des témoignages sur le changement climatique. Il mêle ainsi un ensemble instrumental original aux échantillons de parole récoltés par la sonographe Sylvie Gasteau. Paroles d’enfant, de paysan, de « gens », paroles sonores, musicales et porteuses de sens, incorporées comme par nature à un jazz on ne peut plus bio. Bio, comme vie, bien sûr, non comme estampille d’étiquette. Bio comme la musique : le mouvement, la vibration, la folie, la caresse, l’abandon et le ressaisissement. Au fond, le cycle des saisons, ce qui nous porte avec nos désirs et nos humeurs ; ce rythme à quatre temps, chamboulé ternaire, magie d’un swing qui remonte trois cents ans en amont, dans les cartons du curé rouquin (Vivaldi) s’adonnant au concerto grosso - d’où émaneront les formes concertantes puis symphoniques. Monniot a attrapé tout ça au vol, invoqué ses ancêtres – Parker, Stravinsky, Zappa, Ravel… –, créé une œuvre foisonnante mais structurée. Il y fallait du répondant instrumental. D’où un octet formidable : le souffle renversant du Quatuor Arcanes et ses sax, des tubas de Michel Massot – bourdon de cathédrale – et du cocher inspiré lui-même (alto, baryton, sopranino). Le tout porté par un Éric Échampard au plus haut de son jeu aux mille nuances entre peaux et cuivres tandis qu’aux claviers, Emil Spanyi, vieux comparse, ajoute ses lumières à cette climatologie inquiète et espérante à la fois.

Christophe Monniot est un grand. « Un génie ! », ponctue Andy Emler, présent au concert de Marseille (il y donnait son Ravel en solo, grand moment !). Il doit le savoir, un peu, mais s’en défend par une saine distance à base d’humour et de dérision. Sous son inqualifiable béret, son visage de grand ado, ce pierrot lunaire porte le jazz au plus haut. Martial Solal ne s’y est pas trompé, qui lui apporte son onction à propos de Vivaldi Universel, justement : «  Tout y est : invention, technique, originalité, folie, sérieux, paroles, musiques, modernité, classicisme.  »

Heureux public du Grand T de Nantes qui accueillera ce Vivaldi universel le 5 février 2014.


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Christophe Monniot Octet / Vivaldi Universel © Gérard Tissier

Christophe Monniot, as, bars, ssn ; Michel Massot, tuba ; Emil Spanyi, kb ; Eric Echampard, dm ; Quatuor Arcanes, (Vincent David, ss ; Thomas Barthélémy, as ; Grégory Demarcy, ts ; Erwan Fagant, bars) ;
Ecriture musicale : Christophe Monniot et Emil Spanyi
Livret : « Les Arrières Saisons » : Sylvie Gasteau