Chronique

Louis Winsberg

Marseille Marseille

Louis Winsberg (g, oud, bouzouki, mandoline, voc), Mona (voc, oud), Jean-Luc Difraya (voc, dms, perc), Antonio « el Titi » (g, palmas), Lilian Bencini (b, kbd), Manuel Gutierrez (Danse, voc, palmas), Miguel Sanchez (Cajon, perc, palmas, voc, g)

Label / Distribution : Such Prod / Harmonia Mundi

Deuxième ville la plus peuplée de France après Paris, Marseille possède parmi nos grandes métropoles une spécificité unique, en partie due à son ouverture sur la mer : tandis que, traditionnellement, les centres villes attirent les classes aisées - les classes moyennes et populaires étant repoussées vers les banlieues -, on constate la situation inverse à Marseille. Le centre historique, à cause de la proximité du port, est le lieu d’arrivée de nombreuses populations migrantes et regroupe de nombreux quartiers populaires, alors que les classes sociales plus favorisées préfèrent, quand elles le peuvent, s’éloigner vers le sud de la ville ou les communes avoisinantes. Ainsi le centre ville de Marseille est-il le lieu d’un métissage très intense, inextricable mélange de tradition provençale séculaire et de strates urbaines issues de toutes les cultures méditerranéennes.

Cette caractéristique unique de la cité phocéenne ne pouvait que séduire le guitariste Louis Winsberg, lui-même promoteur du mélange des genres musicaux, depuis le jazz-rock de Sixun qui l’a révélé il y a plus de vingt-cinq ans, et jusqu’au flamenco de Jaleo, entre autres. Le premier titre de Marseille Marseille, « Pourquoi cette ville », le confirme à travers un texte écrit et dit par lui, qui déclare sa fascination pour sa ville natale. Ce morceau est un condensé du disque : la guitare, évidemment, mais aussi les ornementations du chant oriental et un soupçon d’électronique, essentielle ici pour faire cohabiter tradition et modernité. Au fil des morceaux, la guitare est représentée de façon protéiforme, à l’image de Marseille. Tantôt électrique, tantôt acoustique, souvent flamenca, régulièrement épaulée par ses lointains cousins répartis autour du bassin méditerranéen (oud, bouzouki…).

Comme la ville elle-même - où de paisibles quartiers côtoient la frénésie urbaine -, ce répertoire propose une grande diversité rythmique et sonore tout en maintenant une exigence mélodique constante. Ainsi, à l’ouverture soutenue de « Pourquoi cette ville » répond, un peu plus loin, l’émouvante interprétation intimiste d’un traditionnel arabo-andalou par un duo entre la guitare de Winsberg et la simple voix de Mona. Entre-temps, on aura entendu une reprise flamenca de l’hymne national, une variation autour du thème musette « Indifférence » ainsi qu’un poème andalou du XIè puis d’un chant traditionnel soufi du XVIIè. Paradoxalement, c’est cette grande variété qui donne à Marseille Marseille sa cohérence et son unité. Jamais démonstratifs, Winsberg et ses musiciens, au contraire, parviennent brillamment à nous faire toucher du doigt l’essence même de la ville en livrant une partie d’eux-mêmes via de subtiles suggestions. Car plus qu’une ville, Marseille est « une identité et une culture », comme disait Jean-Claude Izzo.


Musiciens invités :

Julien Lourau (ss), Bijan Chemirani (zarb, bendir), Christophe Lampidecchia (acc), Aziz Sahmaoui (bendir, karkabou, voc), Stéphane Edouard (bendir, karkabou, perc), Jean-Louis Fernandez (cajon, palmas), Nantha Kumar (gangira, daf).