Chronique

Marc Copland

Poetic Motion

Marc Copland (p)

Label / Distribution : Sketch Records

Jusqu’ici enfermé dans le difficile exercice d’accompagnateur, et la relecture des standards en trio ou en quintette, voilà que Marc Copland réinvestit l’art du piano solo, une des signatures du label Sketch.
Ainsi dans ses compositions se dévoilent graduellement d’autres états d’âme que ceux de Giovanni Mirabassi (Avanti) ou René Urtreger (Onirica). De ballades rêveuses en cadences brisées, de glissements mélodiques en nerveuses oppositions, naît une nouvelle alchimie du verbe pianistique.
Par ses harmoniques et son chromatisme, cette musique distille le plus souvent une secrète mélancolie, liée à cet art poétique.
Puisque sont convoqués pour nous, à la table du lecteur devenu auditeur, à moins que ce ne soit l’inverse, Virgile, Prévert, E.E Cummings, Jules Supervielle, Dylan Thomas.
Néanmoins, comme des prédelles précisant l’exposé narratif d’un tableau, les citations poétiques sont disposées au pied d’un inédit de Robert Zavatsky « Nevertheless », dont certains mots ou locutions signifiantes sont repris comme titres des neuf compositions de l’album Blackboard , Not going gently , Bittersweet road , Dark territory.


Irisations de cette musique qui renvoie aux délicates impressions, aux rutilances diverses de la musique européenne du début du siècle précédent . Avec çà et là, des brèves rencontres, des évocations subtiles qui nous font passer de Debussy à Satie, de Chopin à Bill Evans ou Keith Jarrett.
Sensibilité romantique, engagement romanesque ? Pas seulement.
Bien souvent le piano solo n’est prétexte qu’à une démonstration brillante où l’émotion le dispute à la technique. Marc Copland s’attache à traduire la circulation du sens poétique. Sans se laisser envahir par une nostalgie trop encombrante, il sait pourtant se souvenir, dans ces échos délicats que le jazz retraverse, de cette perle fine de Naima. Mystérieux challenge que de s’attaquer encore et toujours à cette ballade, d’en sortir une nouvelle version, particulièrement émouvante, dans l’esprit même du jazz. L’interprétation du Spartacus Love theme d’Alex North est aussi à inscrire dans cette tentative.
Marc Copland s’est efforcé de construire un album conceptuel, un roman poétique fait d’esquisses. Rien ne saurait mieux convenir au label Sketch, qui avec Poétic Motion nous entraîne dans une aventure esthétique des plus réussies.