Chronique

Martial Solal, compositeur de l’instant

Serge Gainsbourg qualifiait la chanson d’art mineur car elle ne présuppose pas d’initiation. Il la différenciait ainsi de la peinture, son premier amour, à laquelle il avait été initié par des Maîtres, comme Fernand Léger. Le jazz lui, est un art majeur, car comme le classique, il nécessite un apprentissage. Et quelle meilleure initiation que le dialogue avec un Maître, Martial Solal ?

C’est à cet exercice de maïeutique que nous convie Xavier Prévost. Sa carrière de journaliste et de producteur ainsi que sa passion pour le jazz doivent beaucoup à Martial Solal. Sa connaissance de son oeuvre est ahurissante. Cela lui permet de poser des questions pertinentes pendant huit heures et cinquante-quatre minutes, exploit journalistique qui mérite d’être salué.

Ce livre retrace la vie, la carrière, l’oeuvre, les goûts et les dégoûts, les ambitions et passions d’un homme, acteur et témoin de l’histoire du jazz, dont la carrière couvre désormais six décennies.

Martial Solal évoque la vie de jazzman à Paris au temps du noir et blanc, ses rencontres musicales, son exigence, son souci de la technique, son perfectionnisme, ses confrères pianistes (sur lesquels son jugement est parfois sévère mais toujours juste), ses complices de longue date (Roger Guérin, Daniel Humair, Lee Konitz, Eric le Lann…) et bien d’autres sujets.

On retrouve son humour, sa précision, sa modestie. Il estime n’être devenu un pianiste accompli qu’en 1994-95, lorsque, à la demande de Xavier Prévost justement, il improvisa en solo pour France Musiques. Il avait alors plus de quarante ans de carrière…

L’interview a lieu chez Martial Solal, à Chatou. Du chapitre Premier au chapitre VIII, Solal ne fait que répondre aux questions posées. Entre les chapitres IX et XIV, il est au piano et illustre son propos sans tambour ni trompette. Le DVD-Rom permet de l’entendre parler et jouer 8h54 durant. Mais il n’est pas interdit de marquer des pauses ou de sauter des passages, comme dans un livre…

Un seul regret peut-être : que l’Institut National de l’Audiovisuel n’ait pas profité de l’occasion pour publier un DVD regroupant des enregistrements filmés de Solal. Après plus de cinquante ans de carrière en France et dans le monde, nul doute que quelques trésors dorment dans les archives de l’INA, trésors qui auraient pu voir le jour à cette occasion.

L’ouvrage est passionnant et d’une lecture aisée, même pour qui ne sait pas lire une partition. Pour aller plus loin, la bibliographie et la discographie figurant en annexe offrent d’autres pistes.