
Matthias Muche - Bonecrusher
Densities - for 12 trombones & percussion
Label / Distribution : Hat Hut
Il n’y a, objectivement, pas plus basique qu’un trombone à coulisse. Une embouchure, un pavillon, un serpent de cuivre et une coulisse aléatoire. Il n’y a, amoureusement, pas plus subtil qu’un trombone, son luxe de détails microtonaux, sa possibilité d’influer sur le souffle, le son, sa légèreté ou son épaisseur. Sur sa densité, justement, et c’est exactement la tâche que s’est assigné le tromboniste Matthias Muche pour son album Densities avec l’ensemble Bonecrusher où douze trombones croisent le cuivre avec la caisse claire d’Etienne Nillesen, entendu avec Berlinde Deman ou Pascal Niggenkemper. On connaît Matthias Muche, tromboniste de Cologne, pour sa dévotion instrumentale ; en témoigne son trio avec Jeb Bishop et Matthias Müller, légendes du trombone. C’est également avec ce trio qu’il avait rendu hommage à Johannes Bauer, trop tôt disparu. Tout le monde est là, dans cet enregistrement massif, même Bauer, auteur de la pièce majeure « Brass Breath Brisk » qui joue sur la puissance des coulisses et du son, avec un luxe de détails fascinant.
Car Bonecrusher est le genre d’orchestre qui s’écoute à plein volume. Qui doit vous submerger, jusque dans les silences : le souffle rauque dominant attaque dans un claquement quand quelques coulisses glissent en retrait. Il y a des craquements, des claquements, des jeux coordonnés qui font l’effet d’une vague épaisse, comme huileuse, et des brisures soudaines en vents contraires comme autant de souffles épiques. La densité est là, c’est indéniable, c’est une masse à sculpter avec beaucoup d’attention, à l’image de « Quater » qui est certainement l’un des morceaux les plus intéressants de cet album, par son subtil mélange de dentelles et de brutalisme dans une écriture que Muche revendique comme totalement contemporaine. Le trombone y est dans tous ses états : gazeux, liquide, ferreux, voire tout en même temps dans le luxe de douze trombones ensemble, non sans la grâce pataude des danseurs étourdis.
Ce qui est formidable également dans ce disque paru chez HatHut renaissant dans sa collection contemporaine, c’est le formidable état des lieux de la coulisse que procure cet orchestre. Aux côtés de Muche, Müller et Bishop, trio de base, on est heureux et peu surpris de retrouver Maria Trautmann de l’orchestre Hilde, ou encore Adrian Prost, Daniel Riegler ou Moritz Wesp, habitués des grands ensembles germanophones. On aura plaisir à découvrir la jeune Carlotta Armbruster dont le nom résonne souvent ces derniers mois.
