Entretien

Matthieu Donarier (2) - Les noces d’étain

Membre de plusieurs groupes de premier plan, le sxophoniste est aussi (et surtout) le leader d’un trio qui fête son dixième anniversaire en s’offrant l’enregistrement d’un album en public dans les Pays de la Loire. Entretien, deuxième partie. (Lire la première).

Le saxophoniste Matthieu Donarier, membre de plusieurs groupes de premier plan, est aussi (et surtout) le leader d’un trio qui fête son dixième anniversaire en s’offrant l’enregistrement d’un album en public dans les Pays de la Loire.

  • Que vous a apporté cette décennie ?

C’est une histoire humaine, donc organique. Si on part du postulat que nous sommes à la fois membres d’une seule et même espèce (donc extrêmement proches génétiquement et, de ce fait, habilités à communiquer profondément et de manière riche) et très différents (cultures, comportements, apports mutuels, occasions de nous étonner les uns les autres), on peut conclure que petit à petit, les années passant, une sorte d’imprégnation mutuelle s’opère entre les trois sujets. Ce sont non pas une mais plusieurs façons de coexister qui se développent au fil du temps. Nous jouons tous dans pas mal de projets et tout cela nous nourrit différemment selon les personnes, tout en apportant de l’eau fraîche au groupe et à son fonctionnement, voire à ses recherches esthétiques. Avec le temps, le cerveau humain modifie son comportement et c’est une chance inestimable.

  • Quelles différences entre aujourd’hui et il y a 10 ans ?

La plus importante, la plus tangible, entre apparemment eb contradiction avec cette notion de « différence ». Je m’explique. Une particularité de ce trio est qu’au fil des années nous avons toujours gardé à notre répertoire actif un ou plusieurs morceaux de chaque période ; il y en a donc que nous jouons depuis dix ans ! Et c’est là qu’on se rend compte de l’âge du groupe : ce que nous faisons avec ces morceaux, nous ne pouvons le faire qu’aujourd’hui ; comme si grâce à nos connaissances des instruments et du solfège, nous pouvions (et c’est le cas pour tout musicien) assembler rapidement des éléments complémentaires mais de manière assez gauche, théorique. Puis, avec le temps, cet assemblage « joue » dans le bon sens, à une échelle micrométrique, jusqu’à être bien mieux ajusté que prévu. Il faut du temps en fait. Ça fait même aborder différemment la musique fraîchement écrite : ça ouvre de belles perspectives.


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Matthieu Donarier © Christophe Alary

  • Le trios sax-batterie-guitare n’est pas très courant ; quels horizons ouvre-t-il ?

La responsabilité partagée : pas d’ouvrier-bassiste sur qui poser sa mélopée… Ce n’est pas toujours le même ouvrier : nous endossons tous les trois ce rôle à des moments différents ;de la même façon, on peut dire que c’est un trio de solistes. Les immenses possibilités de contrastes : nos instruments sont tous à la fois graves et aigus : on peut donc répartir le spectre de façon équilibrée ou aller tous dans le même registre. La logique de l’unisson : Elle devient notre centre d’équilibre au même titre que la basse dans les groupes avec bassiste.


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Matthieu Donarier Trio © Christophe Alary