Chronique

Michael Wollny

Nachtfahrten / Klangspuren

Michael Wollny (p), Christian Weber (b), Eric Schaefer (dms).

Label / Distribution : ACT/Harmonia Mundi

Le pianiste allemand Michael Wollny est un circumnavigateur. Depuis plus de dix ans déjà, il nous donne à voir tous les paysages du jazz, tous les sons, toutes les mélodies. Ce fut le cas notamment avec le trio [em] en compagnie de la bassiste Eva Kruse et du batteur Eric Schaefer. Puis l’aventure a continué avec un autre trio, mais cette fois sans Eva Kruse. Disons-le, tout de suite : ses deux derniers disques, Klangspuren (enregistré en public, il comprend un CD et un DVD) et Nachtfahrten avec Christian Weber (contrebasse) et Eric Schaeffer (batterie) vont se placer tout en haut de son abondante discographie.

Il y a toujours une crainte à écouter un nouvel enregistrement d’un trio jazz « classique » : la formule n’est-elle pas usée, si l’on peut dire, jusqu’aux cordes ? Après avoir entendu tant de merveilles, ne va-t-on pas finir par se lasser de cet « entre soi » (ou presque) ? Pas avec Michael Wollny, qui n’est jamais où on l’attend et pas souvent où on croit l’entendre ! Quintessence d’un piano jazz romantique, caresses absolues des tympans et, plus rare, de l’âme avec Nachtfahrten, qui brille de mille feux dans le noir. Cette inspiration n’est pas absente de Klangspuren (« Questions In A World Of Blue » ouvre les deux albums), mais les calmes mélodies (« White Moon », « Der Wanderer ») alternent avec des morceaux plus « libres » (« Molette n° 1 », « Nacht »). Cette faculté à se mouvoir sur les plus hautes cimes du jazz sans jamais s’enliser sur le même sommet est absolument inouïe. Outre une technique sans faille, la culture de Michael Wollny n’a guère de limites. On entend tout chez lui : musique traditionnelle, pop, rock, influence de la musique classique (ainsi « De Desconfort » est un thème de Guillaume de Machaut)… Sa force réside avant tout dans le jeu des contraires : construction-déconstruction, tonalité-atonalité, tempos plus que lents ou très rapides, romantisme et avant-gardisme, abysses ou cimes, anges et démons (comme sur la composition effarante, « Metzengerstein »).

Impossible de choisir entre ces deux enregistrements : il faut écouter les deux. Et ce, d’autant que la dixième écoute révèle encore des subtilités. Héritier peut-être de Paul Bley, Brad Mehldau et Esbjörn Svensson, Michael Wollny est avant tout un poète. Le maître sans égal du clair-obscur.