Chronique

Mihály Borbély Quartet

Gyere Hozzám Estére

Mihály Borbély (as, ss, cl, bcl, tilinkó, tárogató, supelka), Áron Tálas (p), Balázs Horváth (b), István Baló (dms)

Label / Distribution : BMC Records UVM Distribution

Le préambule de « Gyere Hozzám Estére » qui donne son nom au nouvel album du quartet de Mihály Borbély laisse un peu pantois, pour qui a connu l’énergie de l’orchestre de Hungarian Jazz Rhapsody. Certes, le son ample du tárogató, sorte de clarinette à anche double hongroise dont il est l’un des grands virtuoses, est présent ; cela offre une touche traditionnelle qui a toujours irrigué la musique de cet orchestre. Mais la ballade sirupeuse tranche avec les habitudes… A peine reconnaît-on le jeu très élégant du fidèle batteur István Baló, accompagné comme il se doit de Balázs Horváth à la contrebasse. La paire rythmique est aussi efficace qu’elle est frugale, ce que nous notons depuis cet hommage à Kodály qui fit date et continue d’imprégner l’esprit du compositeur.

Ici, le leader utilise de nombreux instruments d’Europe centrale et balkanique. C’est le cas de la supelka, cette flûte d’origine macédonienne qui fait songer au kaval  : « Kotszka » clôt l’exercice dans un orientalisme où brille le jeune pianiste Áron Tálas, à peine 25 ans. C’est, parions-le, un futur grand nom de la scène hongroise qui s’épanouit dans cet attachement aux traditions régionales. Avec ce quartet, il faut se méfier des premières impressions, et de la tentation kaléidoscopique qui a constamment marqué l’écriture de Borbély. Une chose est certaine : s’il lui arrive de s’abandonner à un romantisme un peu béat, le pianiste prend surtout une importance considérable dans le travail rythmique (« Szélárnyékban Kicsi Madár »). Ainsi « Bujdosó » est une mécanique de précision où Tálas fait preuve d’une main gauche ferme, au service du collectif. Borbély, lui, brille à l’alto dont il a toujours usé avec pugnacité. La forme choisie ici fait songer à un morceau très empreint de folklore magyar, tel qu’on peut en entendre chez Mihály Dresch, qui partage d’ailleurs son batteur avec Borbély.

Soudain tout s’éclaire. Comme une suite à sa précédente oeuvre dédiée à ses pairs, le multianchiste nous emmène sans y toucher sur les racines qui ont fondé le jazz si particulier de son pays. « Az Utolsó Kérdés », à la clarinette, joue une mélodie mélancolique dont la batterie est l’ossature. C’est bien là la colonne vertébrale de l’ensemble du disque. Il y aura même un dialogue unique avec Baló sur l’excellent « Epigram », qui, bien que court, est le moment charnière de cet album qu’on qualifiera de transition. Il y a maintes choses à explorer dans le chemin pris par cet orchestre.