Miles Davis
The Complete Live At The Plugged Nickel 1965
Miles Davis (tp), Wayne Shorter (ts), Herbie Hancock (p), Ron Carter (b), Tony Williams (d)
Label / Distribution : Columbia Jazz / Sony

1926 marque le centenaire de la naissance de John Coltrane, Morton Feldman et Miles Davis. Cette année voit donc de nombreux hommages sous la forme de concerts, de rééditions, de livres. En ce qui concerne Miles Davis, le matériel discographique a depuis fort longtemps été publié (sauf découverte à venir) et Sony Music, qui détient le label Columbia pour lequel le trompettiste a enregistré une grande partie de ses albums, n’est pas en reste.
C’est donc sur un enregistrement en concert de 1965 que le choix s’est porté : Live at Plugged Nickel.
En 1987, le label avait édité un disque Cookin’ at the Plugged Nickel avec quatre titres. En 1995, le label avait sorti un coffret en CD (et vinyles) qui rassemblait sur 8 disques l’intégralité des deux soirs de concerts, les 22 et 23 décembre 1965, dans ce petit club de Chicago, le Plugged Nickel, à la longévité relative.
Aussi, pour ce centenaire, c’est une nouvelle édition qui est proposée. Les 7 heures de musique sont les mêmes, il n’y a pas de pistes supplémentaires, mais le packaging change, en plus fin et plus souple et surtout, le contenu éditorial est augmenté de textes et de nouvelles photos. Le coffret de 8 CD est proposé autour de 80 € et celui de 10 vinyles autour de 200 €.
Ce qui fascine avec cette musique depuis si longtemps, c’est surtout le contexte. Miles Davis, grand faiseur de groupes, génial dans sa faculté d’agréger les talents, avait essoré les ressources d’un double quintet qui a fait les beaux jours des années 1955 à 1961. Un premier groupe avec John Coltrane au ténor et une rythmique composée de Red Garland (piano), Paul Chambers (basse) et Philly Joe Jones (batterie) jusqu’en 1959 environ et, après de nombreux changements et toujours avec Coltrane, de Wynton Kelly (piano), Paul Chambers (basse) et Jimmy Cobb (batterie) jusqu’en 1961. C’est en 1956 que Miles Davis entre chez Columbia et publie Kind of Blue en 1959. A partir de 1963, au sortir d’enregistrements avec l’orchestre de Gil Evans, Miles Davis cherche un nouveau son et une nouvelle équipe. Il fera donc plusieurs essais de groupes et plusieurs disques, avant de trouver le quintet qui nous occupe.
Dès 1963, il s’appuie sur la rythmique de ce coffret : Herbie Hancock au piano, Ron Carter à la contrebasse et Tony Williams à la batterie. Mais pour trouver le saxophoniste ténor, il faut attendre un peu et passer par George Coleman (sur Seven Steps To Heaven), Sam Rivers (en tournée au Japon) et enfin Wayne Shorter, pour une tournée en Europe (dont le concert salle Pleyel de 1964).
En janvier 1965, le nouveau quintet entre en studio pour enregistrer E.S.P. avec des compositions et c’est donc en décembre que le groupe se produit dans ce club avec la ferme intention d’en découdre.
« Rendre la musique ancienne aussi nouvelle que la musique nouvelle que nous enregistrions » dira Miles.
Aussi l’on trouve un grand nombre de standards sur ce coffret Plugged Nickel : « If I Were A Bell », « Stella By Starlight », « My Funny Valentine », « Autumn Leaves », « I Fall In Love Too Easily »… qui vont être littéralement fondus dans le creuset du groupe, et d’autres thèmes originaux (devenus depuis des standards de premier plan) : « Walkin’ », « Milestones », « Oleo », « So What », « All Blues », etc.
Si les E.S.P. (perceptions extra-sensorielles) de Miles vous parlent, alors cette musique – qui en regorge – est pour vous. Et même si la répétition des morceaux peut paraître surprenante, c’est une fantastique opportunité pour comparer comment la musique change d’un set à l’autre, d’un soir à l’autre, alors même que tout semble identique.
C’est absolument la pierre sur laquelle le quintet historique a bâti sa légende.


