Chronique

Monio Mania

Princesse Fragile

Christophe Monniot (ss, as, bs,voc, objets divers), Denis Charolles (d, voc, objets divers), Manu Codjia (g), Emil Spanyi (p, synth), Atshushi Sakaî (cello,voc) Georgui Kornazov (tb)

Label / Distribution : Quoi de Neuf Docteur

De tous les jeunes musiciens issus de la classe de jazz du Conservatoire Supérieur de Musique de Paris, Christophe Monniot est probablement celui qui s’est fait le plus remarquer, autant par sa dégaine improbable que par son jeu libre et lyrique.
De la Campagnie des musiques à ouïr, auprès d’Humair, Lubat ou Caratini jusqu’à cet explosif sextette, il revendique haut et fort son décalage oreille, une volonté qui anime autant les brillants membres de ce groupe que leurs confrères (Spice Bones, Sacre du Tympan…), plus soucieux de briser les cadres trop rigides que d’être académique. Il y a donc bel et bien une « génération conservatoire » et cela fait plaisir.


Ici le passage sur disque est vraiment réussi, ce n’est pas toujours le cas pour une musique qui se donne autant à voir qu’à entendre (et qui serait pour paraphraser Lubat, mal-en-disque).
Monniot s’est même beaucoup amusé avec l’objet CD, on y découvre en tendant l’oreille des pièges sonores, du collage, et même un sample d’André Francis qui désannonce Zappa et Sun Ra (tiens, tiens).
Entourant les morceaux qui croisent reggae, rock : Yes Igor (Stravinsky ? Ca doit sacrément le remuer !), twist, funk ; une esquisse japonaise, une miniature électronique ou un hommage à Ornette. D’où un tableau délicieusement hétérogène auquel les instrumentistes apportent toute leur sève.
De Monniot on a l’étendue d’un réel talent de soliste, par exemple au sopranino pour un chorus d’anthologie sur Desafinado. La folie du régional de l’étape Denis Charolles bouleverse les équilibres et on pourra surprendre ici et là quelques cris ou scats trafiqués. Manu Codjia, dont « tout le monde parle » fait valoir sa verve qui ne renie en rien les guitar heroes des années 80 et les internationaux Emil Spanyi (Hongrie), Atshushi Sakai (Japon), Georgui Kornazov (Bulgarie) apportent une sensibilité autre due à leur culture nationale, et pour les deux premiers à la musique classique.


Enfin après en avoir pris plein les oreilles et, pourquoi pas, vous être furieusement déhanchés, la belle mélodie qui clos le disque aura même de quoi vous tirer quelques larmes.
Un objet très attachant pour poursuivre l’ivresse du concert.