Le Moscow Art Trio est une des formations actuelles les plus excitantes. Il décloisonne avec aisance les frontières entre jazz, classique et traditionnels de l’Est ou de l’Ouest. Le pianiste Misha Alperin en est le compositeur mais aussi la force motrice. Le corniste Arkady Shilkloper, ex membre de l’Orchestre Philharmonique de Moscou, sait parfaitement combiner différents langages musicaux, et le chanteur traditionnel Sergey Starostin, auteur des paroles eu égard à son intérêt pour les contes, joue aussi de la clarinette.
Il aura fallu près de vingt ans pour que ce trio mondialement reconnu rencontre le fameux The Norwegian Chamber Orchestra. Village Variations, une création qui allie avec finesse tradition et modernité sur une orchestration admirable, est suite en six mouvements très illustrative qui renferme un trésor d’émotions.
Zoot aurait-il à voir avec un zoo ? En tout cas, tous les morceaux portent des noms d’animaux : « Tortue », « Papillon », « Palourde » (qui introduit le disque sur une touche assez groove). Ce quintet audacieux réunit cinq jeunes musiciens de la région Centre (Orléans, Tours) dont les collaborations vont au-delà que de simples fréquentations régionales. Le saxophoniste Ronan Mazé, seul soufflant de l’orchestre, est l’auteur de tous les thèmes. Les autres instruments apportent une touche électrique avec le soutien intense du bassiste Stéphane Decolly et les accompagnements de Baptiste Dubreuil au Fender Rhodes. L’ensemble revêt les couleurs et textures du jazz fusion, sans être du jazz rock pour autant. La musique, drôle, évoque un dessin animé, avec des influences allant de Zappa à Django Bates - en passant par Steps Ahead, le vibraphoniste Benoît Lavollée tenant le rôle de Mike Mainieri. À découvrir sutrtout pour les passages improvisés.
Certes, Duchamp a mis des moustaches à la Joconde. Mais tout de même, on ne devrait pas toucher aux œuvres culte. Barbouiller « All Blues » de crème au beurre, c’est plus qu’indigeste. Rien de l’épure et de la tension de l’original, avec son ostinato digne du Bolero de Ravel, ne se retrouve dans les textures riches à l’excès de la version qu’en donne un orchestre de dix musiciens de haute volée réunis par Vince Mendoza pour jouer ses arrangements. Il y a certes là du luxe et du calme, mais pour la volupté, on repassera, tout comme on passera sous silence la récidive, trois plages plus loin avec « Blues For Pablo », tout en ayant bien compris que blues et bleu se voulaient le fil de cet album.
Nombre de jazzfans auront donc abandonné en route ce disque. Il est de notre devoir de les informer qu’ils pourraient avoir eu tort. Ce disque en effet, aurait aussi bien pu se réduire à la suite en six mouvements qui le clôt. Enregistrée en public, cette suite aux premiers mouvements éthérés, à base d’arrangements raffinés, propose un bouquet final qui donne aux instrumentistes de haut niveau (Markus Stockhausen, Peter Erskine, N’guyên Lê, Steffen Schorn entre autres), l’occasion de lâcher la bride et de quitter ce disque au démarrage catastrophique, sur une touche beaucoup plus “jazz”.
Captation d’un (ou plusieurs ? La pochette est muette sur les dates) concert(s) donné(s) à l’occasion de la résidence de Zim Ngqawana à l’Université du Tennessee en 2003 dans le cadre d’un semestre universitaire entièrement consacré à l’Afrique. Les autres membres du groupe sont tous professeurs au département Jazz de l’Université ; parmi eux « Silk » Donald Brown, ancien membre des Jazz Messengers, pianiste au jeu riche de nuances et marqué par le blues. Certaines compositions de Zim, « Silkizim » ou « Donald’s Offering », témoignent de la rencontre.
Les fans du saxophoniste sud-africain retrouveront là son engagement musical à la limite du mysticisme, proche de la spiritualité coltranienne. Plus dans son élément lorsqu’il entonne des hymnes comme « San Song » que dans le seul classique du double album, « In a Sentimental Mood », Zim surprend à la flûte avec un vibrato parfois envahissant mais d’intéressantes teintes pastel. Souvenir d’un bon – à défaut d’être grand - concert, d’une indéniable générosité et sans faux-semblant.
Zim Ngqawana (sax, fl)
Donald Brown (p)
Mark Boling (g)
Keith Brown (d)
Rusty Holloway (cb)
Ce trio surprend d’abord agréablement par ses « effets », ses rythmes dansants, son énergie... avant de passer à des tonalités plus mélancoliques et plus sinueuses. Malheureusement, les effets ne prennent plus dès le deuxième morceau et la présence trop intrusive du saxophone agace. Cependant, la juxtaposition des différentes ambiances, l’une joueuse et rieuse, l’autre orientalisante et serpentine, et parfois leur imbrication, sollicite l’attention et renouvelle l’intérêt d’un disque dont on regrette le zèle.
Le quartet suisse Squeezeband réunit le leader Reto Weber à la batterie et aux percussions (dont le steel drum), Nino G (une sorte de scatman très extraverti) à la boîte à rythme vocale, encore appelée beat box, Roman Nowka à la guitare et Samuel Kühni à la contrebasse.
Il mêle musiques électroniques (« Loin de Cœur »), rock (« Do You Like Pastrami ? ») et de jazz (« S’Wahnsinn », hommage à Albert Mangelsdorff, ou « Rire allemand »). Quelques touches techno sur « Traffic », tandis que le son du steel-drum sur « A Wide Point » évoque le continent asiatique. « Monsieur Bibendum » fait penser aux jeux vocaux impressionnants de Médéric Collignon - bruitages de bouches en tous genres et rires endiablés. On voit donc que Squeezeband élimine les frontières. Cet album malheureusement très court (trente-cinq minutes pour éveiller nos tympans) est plutôt un laboratoire de créativité avec pour ligne directrice la rencontre des styles. L’instrumentation inédite et la réussite, joviale.
L’indémodable formule piano-basse-batterie fonctionne ici fort bien : les mélodies sont jolies et bien ficelées, l’équilibre entre les musiciens maintenu tout au long du disque, les quelques solos très efficaces. Il est cependant dommage que ce trio suédois fasse encore trop penser à E.S.T. et ne parvienne pas à se dégager de son influence : encore quelques années ? En tout cas, à surveiller !
Le titre de cet album est aussi celui du troisième morceau, signé Eric Dolphy, et qu’Aki Takase reprend avec brio. Entièrement solo, il rassemble reprises et compositions originales, confronte passé et présent en un voyage qui dura quatre jours pour Aki Takase, seule dans son studio. Notre voyage à nous dure une bonne heure, pendant laquelle on redécouvre avec plaisir Ornette Coleman, Monk ou Carla Bley, mais où les compositions semblent un peu répétitives. Elle donne l’impression de s’écouter jouer. Dommage, car les reprises sont très réussies.
Riko Goto, p ; Guillaume Arbonville, cb ; Kentaro Suzuki, dr
Six charmantes compositions se suivent et se ressemblent sur ce disque qui regroupe une pianiste et un batteur japonais et un bassiste français. Les balades sont agréables, parfois augmentées d’une folle improvisation, mais l’ensemble demeure dans des tons très tendres.
Eri Yamamoto signe avec Duologue un merveilleux voyage auditif. Chaque morceau a été écrit spécialement pour un musicien, qui accompagne seul son piano. Contrebasse, batterie, saxophone l’entraînent dans un dialogue fécond et poétique. Le piano lance le thème, le sax virevolte autour, comme un papillon ; après c’est une batterie qui prend son envol, tout en soulignant avec légèreté le jeu délicat de la pianiste. Ce disque est une porte ouverte à la rêverie, une rêverie douce et agréable.
La mosaïque de la pochette est le reflet de l’éclectisme du disque : les couleurs sont autant d’ambiances différentes, pour un univers coloré et dynamique, allant d’Ornette Coleman aux rythmes traditionnels bulgares. Jannuska annote chaque titre d’une anecdote : ils sont souvent inspirés d’endroits où il est allé ou de personnes qui l’ont influencé, jusqu’à sa petite fille ! L’ensemble des compositions recouvre une large palette d’émotions et invite à une écoute détendue, presque familière.